Pays-BasNotice1880–1883Leyde

Maria Swanenburg

« Goeie Mie »

En bref. Maria Swanenburg (1839-1915) : 4 victimes confirmées (jusqu'à 27 suspectées) aux Pays-Bas (Leyde) entre 1880 et 1883. Condamnée le 1er mai 1885 par la cour d'appel (Gerechtshof) de La Haye à la réclusion à perpétuité pour quatre empoisonnements mortels ; morte en détention à Gorinchem le 11 avril 1915.

Statut
Décédé (11 avril 1915)
Naissance
9 septembre 1839
Période d'activité
1880–1883
Victimes confirmées
4 (jusqu'à 27 suspectées)
Verdict
Condamnée le 1er mai 1885 par la cour d'appel (Gerechtshof) de La Haye à la réclusion à perpétuité pour quatre empoisonnements mortels ; morte en détention à Gorinchem le 11 avril 1915

Lavandière de Leyde surnommée « Goeie Mie » pour son obligeance, elle a empoisonné à l'arsenic, entre 1880 et 1883, des proches et des voisins sur lesquels elle percevait des assurances ou des héritages. Arrêtée en décembre 1883, elle a été jugée pour quatre meurtres, établis par la cour ; l'enquête a examiné plus de quatre-vingt-dix cas et lui attribue vingt-sept décès (vingt-six selon le Digitaal Vrouwenlexicon). L'affaire a conduit à encadrer la vente des poisons et l'assurance sur la vie d'autrui.

Le contexte

Maria Catharina Swanenburg est née à Leyde le 9 septembre 1839, dans une famille d'ouvriers du textile. Elle a épousé en 1868 un ouvrier d'usine, Johannes van der Linden ; selon le Digitaal Vrouwenlexicon et Historiek, la plupart de ses enfants sont morts en bas âge. Elle vivait dans les quartiers pauvres du centre de Leyde, où elle rendait de menus services aux voisins — garde des enfants, soins aux malades, toilette des morts —, d'où le surnom de « Goeie Mie » (« la bonne Mie ») sous lequel elle était connue avant l'affaire. Les faits qui lui ont été reprochés se situent entre 1880 et 1883 : des empoisonnements à l'arsenic, une substance alors vendue librement comme produit contre les nuisibles, au sein de sa famille et de son voisinage. Selon le Biografisch Woordenboek van Nederland, le mobile était financier : elle souscrivait elle-même, souvent à l'insu des intéressés, de petites assurances obsèques sur la tête de ses victimes, ou attendait d'elles une part d'héritage.

L'enquête et l'arrestation

Au début de décembre 1883, plusieurs membres d'une même famille de son entourage sont tombés malades en même temps ; deux sont morts. Le médecin qui les soignait, J.L.A. Desertine, a soupçonné un empoisonnement et a alerté la police le 14 décembre. Maria Swanenburg a été arrêtée le lendemain, 15 décembre 1883 ; des polices d'assurance au nom des victimes ont été trouvées en sa possession. Selon le Digitaal Vrouwenlexicon, elle a reconnu les faits concernant cette famille le 18 décembre.

L'instruction a duré plus de dix-huit mois et porté sur plus de quatre-vingt-dix décès suspects survenus dans son entourage. Les corps de plusieurs personnes décédées ont été exhumés et examinés par les anatomistes leydois Teunis Zaaijer et Pieter de Koning — treize selon le Biografisch Woordenboek, seize selon l'Université de Leyde —, tandis que le professeur Eduard van der Burg menait les analyses toxicologiques. Ces rapports de 1884, que l'on croyait détruits dans le bombardement des archives judiciaires de La Haye le 3 mars 1945, ont été retrouvés à l'Institut néerlandais de criminalistique (NFI) et remis à l'Université de Leyde en 2017. L'affaire compte ainsi parmi les premières, aux Pays-Bas, où la médecine légale et la chimie ont fondé une accusation de meurtres en série.

Le procès et le verdict

Mise en accusation le 14 mars 1885, selon le Nationaal Archief, Maria Swanenburg a été jugée les 23 et 24 avril 1885 par la cour d'appel (Gerechtshof) de La Haye, compétente en matière criminelle. La défense a plaidé une anomalie psychique ; deux médecins l'ont examinée et la cour l'a jugée pleinement responsable de ses actes. L'arrêt a été rendu le 1er mai 1885 : réclusion à perpétuité. Le nombre exact de condamnations diffère selon les sources : le Nationaal Archief, le Digitaal Vrouwenlexicon et l'Université de Leyde font état de quatre empoisonnements mortels, le Biografisch Woordenboek de trois chefs retenus. Son pourvoi a été rejeté par la Cour suprême (Hoge Raad) le 29 juin 1885 ; des recours en grâce déposés en 1905 et 1906 ont également été écartés. Transférée à la prison pour femmes de Bois-le-Duc en 1885, puis à celle de Gorinchem en 1887, elle y est morte le 11 avril 1915.

La place de l'affaire

L'écart entre le verdict et le bilan attribué par l'enquête est considérable. Le Nationaal Archief et l'Université de Leyde retiennent au moins vingt-sept décès ; le Digitaal Vrouwenlexicon compte vingt-deux décès suspects en plus des quatre meurtres jugés, et une cinquantaine de personnes gravement intoxiquées qui ont survécu. Ces victimes suspectées n'ont jamais fait l'objet d'un jugement. Selon le Biografisch Woordenboek, l'affaire a mis au jour la négligence de médecins envers les malades pauvres, la facilité d'accès aux poisons et les failles d'un système d'assurance qui permettait d'assurer la vie d'autrui sans son consentement ; le Digitaal Vrouwenlexicon y rattache des restrictions sur la vente de l'arsenic et sur ces polices d'assurance. Le Nationaal Archief conserve deux croquis inédits de l'accusée réalisés par Victor de Stuers, et l'Université de Leyde une lithographie populaire de l'époque consacrée à l'affaire : ces documents témoignent du retentissement du procès bien au-delà de Leyde. Pour le contexte national, voir le hub Pays-Bas.

Sources

Pour se repérer

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