Thème

Empoisonnements en série : les affaires closes

12 affaires closes dans 6 pays, 5 dossiers complets. Aucune image, tout est sourcé.

L'empoisonnement est un homicide rare, et les études invitent à ne pas le réduire à une figure unique. Arthur Westveer, John Jarvis et Carl Jensen, dans le FBI Law Enforcement Bulletin (août 2004), ont dépouillé les relevés d'homicides transmis au FBI de 1990 à 1999 : 346 empoisonnements sur 186 971 dossiers. Parmi leurs auteurs, 48,6 % étaient des hommes et 33,2 % des femmes, le sexe des autres n'étant pas connu ; les victimes se partageaient à peu près également entre les deux sexes. Le tableau change quand on ne regarde que les séries : dans la base Radford/FGCU (rapport d'Aamodt, Leary et Girimurugan, données au 1er mars 2023), le poison concerne 54,5 % des tueuses en série recensées, contre 2,4 % des hommes.

Qui empoisonne en série, et dans quel cadre ? Marissa Harrison et ses co-auteurs (Journal of Forensic Psychiatry & Psychology, 2015) ont étudié 64 femmes ayant agi aux États-Unis entre 1821 et 2008 : l'empoisonnement était leur méthode la plus courante et le gain financier leur mobile le plus fréquent ; elles connaissaient toutes ou presque toutes leurs victimes, la plupart leur étaient apparentées, et elles tenaient le plus souvent un rôle de soin, au sein de la famille ou comme soignantes. Elizabeth Gurian (International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, 2011) précise que ce sont les femmes agissant seules qui visaient surtout des adultes de leur famille, par le poison. Pour l'Angleterre, l'historienne Katherine Watson (Poisoned Lives: English Poisoners and Their Victims, 2004) décrit un poison donné en secret, souvent au cours d'un repas de famille, l'arsenic étant le plus employé ; les victimes étaient des conjoints, des enfants, des parents, des rivaux ou des employeurs.

Au XXe siècle, selon Watson, l'empoisonnement devient un crime surtout associé aux professions médicales. Yorker et ses collègues (Journal of Forensic Sciences, 2006) ont examiné quatre-vingt-dix dossiers de soignants poursuivis entre les années 1970 et 2006 ; ils relèvent que les condamnations s'y appuient sur des aveux, des analyses toxicologiques positives, des témoins directs ou la saisie de flacons et de seringues.

Pourquoi ces affaires ont-elles été si longues à détecter ? Westveer, Jarvis et Jensen parlent d'une « infraction silencieuse » : dans leurs données, la part des auteurs dont les caractéristiques restent inconnues est vingt à trente fois plus élevée pour les empoisonnements que pour l'ensemble des homicides. Andreas Frei et ses collègues (Criminal Behaviour and Mental Health, 2006), qui ont passé en revue quinze études, notent que les tueuses en série connaissent en général leurs victimes, souvent un conjoint ou une personne dépendante dont elles ont la charge, et qu'elles emploient des méthodes discrètes. Watson rappelle enfin que le poison était difficile à déceler avant 1800. Ce que la toxicologie judiciaire a changé tient en une phrase : au XIXe siècle, des analyses mises au point en réponse aux cas suspects ont rendu la détection de plus en plus probable, tandis que la vente des poisons était encadrée. Cette histoire, du procès de Rennes en 1851 à celui de Liège en 1938, est racontée dans l'article L’arsenic au tribunal.

Cette page ne réunit que les affaires closes dans lesquelles le poison est le moyen retenu par le verdict pour les meurtres jugés. Celles où les moyens sont mêlés, ou dont les sources ne permettent pas d'établir que le verdict a retenu le poison, n'y figurent pas. La liste est trop courte pour fonder une statistique, et plusieurs de ces procès n'ont porté que sur une partie des décès soupçonnés. Les affaires sont présentées dans l'ordre chronologique ; le nombre de victimes indiqué est celui retenu par la justice ou l'instruction.

Voir ces affaires sur le globe →

Autre thème : Tueuses en série

Dossiers complets

FranceDossier

48,1° N · 1,7° O

1833–1851 · Bretagne

Hélène Jégado

Pendant près de vingt ans, Hélène Jégado a été cuisinière et domestique dans des presbytères et des maisons bourgeoises de Bretagne.

Ouvrir le dossier →

Royaume-UniDossier

54,6° N · 1,7° O

1872–1872 · Comté de Durham

Mary Ann Cotton

Pendant vingt ans, dans les villages miniers du nord-est de l'Angleterre, la mort a suivi Mary Ann Cotton : trois de ses maris, un compagnon, sa mère et la plupart de ses enfants ont…

Ouvrir le dossier →

Royaume-UniDossier

51,5° N · 0,1° O

1881–1892 · Grand Londres

Thomas Neill Cream

Thomas Neill Cream, médecin diplômé de l'université McGill de Montréal, a été condamné deux fois pour meurtre, de part et d'autre de l'Atlantique.

Ouvrir le dossier →

BelgiqueDossier

51,2° N · 4,4° E

1892–1894 · Anvers

Marie-Thérèse Joniaux

Fille d'un lieutenant-général aide de camp du roi, épouse d'un ingénieur des ponts et chaussées, Marie-Thérèse Joniaux appartenait à la bonne société belge.

Ouvrir le dossier →

BelgiqueDossier

50,6° N · 5,6° E

1933–1936 · Liège

Marie Becker

Entre 1933 et 1936, plusieurs personnes âgées de Liège, pour la plupart des femmes aisées, sont mortes après avoir fréquenté Marie Becker, une ancienne couturière devenue dame de compagnie…

Ouvrir le dossier →

Les affaires, par ordre chronologique

AllemagneNotice

50,1° N · 11,5° E

1808–1809 · Franconie, royaume de Bavière (Allemagne actuelle)

Anna Margaretha Zwanziger

Exécuté 2 victimes confirmées

Veuve d'un notaire de Nuremberg, employée comme gouvernante puis comme garde chez des fonctionnaires de justice et d'administration de la région de Bayreuth et de Kulmbach, elle a…

Lire la notice →

AllemagneNotice

53,1° N · 8,8° E

1813–1827 · Ville libre de Brême (Allemagne actuelle)

Gesche Gottfried

Exécuté 15 victimes confirmées

Bourgeoise de Brême, elle a empoisonné à l'arsenic quinze personnes de son entourage entre 1813 et 1827, dont des membres de sa propre famille.

Lire la notice →

FranceDossier

48,1° N · 1,7° O

1833–1851 · Bretagne

Hélène Jégado

Exécuté 3 victimes confirmées

Pendant près de vingt ans, Hélène Jégado a été cuisinière et domestique dans des presbytères et des maisons bourgeoises de Bretagne.

Ouvrir le dossier →

Royaume-UniDossier

54,6° N · 1,7° O

1872–1872 · Comté de Durham

Mary Ann Cotton

Exécuté 1 victime confirmée

Pendant vingt ans, dans les villages miniers du nord-est de l'Angleterre, la mort a suivi Mary Ann Cotton : trois de ses maris, un compagnon, sa mère et la plupart de ses enfants ont…

Ouvrir le dossier →

Pays-BasNotice

52,2° N · 4,5° E

1880–1883 · Leyde

Maria Swanenburg

Décédé 4 victimes confirmées

Lavandière de Leyde surnommée « Goeie Mie » pour son obligeance, elle a empoisonné à l'arsenic, entre 1880 et 1883, des proches et des voisins sur lesquels elle percevait des assurances ou…

Lire la notice →

Royaume-UniDossier

51,5° N · 0,1° O

1881–1892 · Grand Londres

Thomas Neill Cream

Exécuté 5 victimes confirmées

Thomas Neill Cream, médecin diplômé de l'université McGill de Montréal, a été condamné deux fois pour meurtre, de part et d'autre de l'Atlantique.

Ouvrir le dossier →

BelgiqueDossier

51,2° N · 4,4° E

1892–1894 · Anvers

Marie-Thérèse Joniaux

Décédé 3 victimes confirmées

Fille d'un lieutenant-général aide de camp du roi, épouse d'un ingénieur des ponts et chaussées, Marie-Thérèse Joniaux appartenait à la bonne société belge.

Ouvrir le dossier →

Royaume-UniNotice

51,5° N · 0,1° O

1897–1902 · Londres

George Chapman

Exécuté 1 victime confirmée

Né Seweryn Kłosowski en Pologne et installé à Londres vers 1887-1888, ce barbier devenu tenancier de pub a empoisonné à l'antimoine trois femmes avec qui il vivait, entre 1897 et 1902.

Lire la notice →

États-UnisNotice

41,9° N · 87,6° O

1914–1922 · Illinois (Chicago)

Tillie Klimek

Décédé 1 victime confirmée

Immigrée polonaise installée à Chicago, elle aurait empoisonné à l'arsenic plusieurs maris et compagnons entre les années 1910 et 1920 ; elle n'a été condamnée que pour un seul meurtre.

Lire la notice →

États-UnisNotice

36,2° N · 96,0° O

1927–1954 · Oklahoma (Tulsa) ; Alabama, Caroline du Nord, Kansas

Nannie Doss

Décédé 1 victime confirmée

Jugée pour un seul meurtre, elle a avoué avoir empoisonné à l'arsenic quatre de ses maris, en Alabama, en Caroline du Nord, au Kansas et en Oklahoma ; des exhumations ont confirmé ces…

Lire la notice →

BelgiqueDossier

50,6° N · 5,6° E

1933–1936 · Liège

Marie Becker

Décédé 11 victimes confirmées

Entre 1933 et 1936, plusieurs personnes âgées de Liège, pour la plupart des femmes aisées, sont mortes après avoir fréquenté Marie Becker, une ancienne couturière devenue dame de compagnie…

Ouvrir le dossier →

États-UnisNotice

34,6° N · 79,0° O

1969–1978 · Caroline du Nord (Lumberton, comté de Robeson)

Velma Barfield

Exécuté 1 victime confirmée

Jugée pour un seul meurtre, elle a avoué avoir empoisonné à l'arsenic quatre personnes entre 1969 et 1978, dont sa mère et des personnes âgées dont elle s'occupait.

Lire la notice →

Questions fréquentes

Les empoisonnements en série sont-ils surtout le fait de femmes ?

Parmi les tueurs en série, le poison est avant tout une méthode de femmes : dans la base Radford/FGCU (rapport Aamodt, Leary et Girimurugan, 2023), il concerne 54,5 % des femmes recensées, contre 2,4 % des hommes. Mais pour l'ensemble des homicides par empoisonnement relevés aux États-Unis de 1990 à 1999, Westveer, Jarvis et Jensen (2004) comptent davantage d'hommes (48,6 %) que de femmes (33,2 %) parmi les auteurs.

Pourquoi les empoisonnements en série sont-ils découverts si tard ?

Parce que les victimes sont le plus souvent des proches ou des personnes dépendantes et que la méthode est discrète (Frei et al., 2006 ; Harrison et al., 2015). Westveer, Jarvis et Jensen (2004) observent que la part des auteurs dont les caractéristiques restent inconnues est vingt à trente fois plus élevée pour les empoisonnements que pour l'ensemble des homicides. Selon l'historienne Katherine Watson (2004), le poison était difficile à déceler avant 1800 ; les analyses mises au point au XIXe siècle ont rendu la détection de plus en plus probable. Voir l'article L’arsenic au tribunal.

Quel poison revient le plus souvent dans ces affaires ?

L'arsenic. Katherine Watson (2004) le décrit comme le poison le plus employé dans l'Angleterre qu'elle étudie, et il revient dans la majorité des verdicts réunis ici, de Brême à Chicago. La strychnine et l'antimoine apparaissent dans deux procès londoniens, en 1892 et en 1903. Sur les raisons de cette place de l'arsenic, voir les questions fréquentes de l'article L’arsenic au tribunal.

Pourquoi certaines affaires connues ne figurent-elles pas dans cette liste ?

Parce que la liste suit le verdict, pas la réputation. Une affaire y entre si le poison est le moyen retenu par la justice pour les meurtres jugés, d'après au moins deux sources. Quand les moyens sont mêlés, ou quand les sources ne qualifient pas les faits d'empoisonnement, l'affaire reste sur le globe sans être rangée ici. Le périmètre du site joue aussi : seules y figurent des personnes décédées dont l'affaire est close.

Sources de cette page

Les sources de chaque affaire sont sur sa notice ou son dossier.