IranNotice2000–2001Khorassan

Saeed Hanaei

En bref. Saeed Hanaei (1962-2002) : 16 victimes confirmées en Iran (Khorassan) entre 2000 et 2001. Condamné à mort à Machhad en 2001 pour seize meurtres, pendu le 17 avril 2002.

Statut
Exécuté (17 avril 2002)
Naissance
1962
Période d'activité
2000–2001
Victimes confirmées
16
Verdict
Condamné à mort à Machhad en 2001 pour seize meurtres, pendu le 17 avril 2002

Ouvrier du bâtiment de Machhad condamné pour seize meurtres de femmes ; le procès, très suivi en Iran, a été marqué par les justifications revendiquées par l'accusé.

Le contexte

Saeed Hanaei, né en 1962, était ouvrier du bâtiment à Machhad, la deuxième ville d'Iran, dans la province du Khorassan. Marié et père de famille, il avait servi comme volontaire pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988). Machhad est une ville de pèlerinage, qui abrite le sanctuaire de l'imam Reza, lieu saint du chiisme ; au moment de l'affaire, l'agence Associated Press relevait que la présence massive de pèlerins y était souvent associée, dans le débat public, au développement de la prostitution et de la consommation de drogue. C'est dans ce contexte, sous la présidence du réformateur Mohammad Khatami, que seize femmes ont été tuées dans la ville entre 2000 et 2001. Les sources ne s'accordent pas sur les bornes exactes de la série : de juillet 2000 à juillet 2001 selon le centre Abdorrahman Boroumand, d'août 2000 à l'été 2001 selon d'autres récits.

L'enquête et l'arrestation

Les victimes étaient des femmes en situation de grande précarité, dont plusieurs avaient déjà été condamnées pour des faits liés à la drogue ; elles ont été tuées par strangulation, et leurs corps retrouvés dans la ville ou à sa périphérie. La presse iranienne a rapidement relié ces morts entre elles. Hanaei a été arrêté en juillet 2001, soit environ un mois après la réélection de Khatami. Selon le centre Boroumand, qui s'appuie sur la presse iranienne de l'époque, une femme qui avait réussi à lui échapper aurait fourni aux enquêteurs des éléments décisifs. Hanaei est passé aux aveux et a revendiqué ses actes, en affirmant avoir agi par conviction religieuse pour « purifier » la ville ; selon l'AP, il a déclaré avoir commencé après qu'un homme eut pris son épouse pour une prostituée.

Le procès et le verdict

Le procès s'est tenu à l'automne 2001 devant le tribunal général de Machhad. Selon le centre Boroumand, les audiences ont eu lieu le 22 septembre puis les 10, 11 et 16 octobre 2001, dont une à huis clos ; l'AP situe la condamnation en octobre. Il a été reconnu coupable de seize meurtres. La défense a tenté de faire valoir que les victimes relevaient d'une catégorie de personnes dont le sang pouvait, selon une lecture du droit pénal islamique, être versé sans sanction ; le tribunal a écarté cet argument. D'après le centre Boroumand, la peine prononcée comprenait, outre la mort, des peines de prison et de flagellation pour d'autres chefs, dont des vols et des faux, et la Cour suprême l'aurait confirmée en janvier 2002. Saeed Hanaei a été pendu à l'aube dans l'enceinte de la prison de Machhad, et non en public comme cela avait été envisagé. La date retenue par l'AP et par la plupart des récits est le 17 avril 2002 ; le centre Boroumand, citant le quotidien Jam-e Jam, indique le 16 avril.

Ce que l'affaire a changé

L'affaire a exposé de fortes divisions dans la société iranienne. Une partie de la presse conservatrice, notamment le quotidien Jomhouri Islami, s'est demandé publiquement qui méritait d'être jugé, et certains commerçants du bazar ont exprimé leur soutien à l'accusé, tandis que la presse réformatrice mettait en cause l'inaction de la police. Le procès a aussi rendu visibles, dans les médias iraniens et étrangers, la prostitution et la toxicomanie, deux réalités jusque-là peu abordées. Le journaliste Maziar Bahari a consacré à l'affaire un documentaire, And Along Came a Spider, tourné avant l'exécution et daté selon les sources de 2002 ou de 2003, qui donne la parole à l'entourage de Hanaei et à des habitants de Machhad ; il a relevé que les soutiens de l'accusé formaient une minorité. L'affaire a ensuite inspiré deux fictions, Killer Spider d'Ebrahim Irajzad (2020) et Holy Spider d'Ali Abbasi, présenté en compétition au Festival de Cannes en 2022, qui a relancé l'intérêt international pour le dossier et pour la question du mobile idéologique revendiqué par l'auteur.

Sources

Pour se repérer

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