AllemagneNotice1918–1921Berlin (Friedrichshain)

Carl Großmann

Avertissement. Cette notice traite de crimes réels. Elle ne contient aucune image ni description détaillée des sévices, mais son sujet peut heurter.

En bref. Carl Großmann (1863-1922) : 3 victimes confirmées (jusqu'à 20 suspectées) en Allemagne (Berlin (Friedrichshain)) entre 1918 et 1921. Aucune condamnation : jugé à Berlin à partir de juillet 1922 pour trois meurtres, il s'est pendu dans sa cellule le 5 juillet 1922, avant le verdict.

Statut
Suicidé en détention (5 juillet 1922) Close sans condamnation
Naissance
1863
Période d'activité
1918–1921
Victimes confirmées
3 (jusqu'à 20 suspectées)
Verdict
Aucune condamnation : jugé à Berlin à partir de juillet 1922 pour trois meurtres, il s'est pendu dans sa cellule le 5 juillet 1922, avant le verdict

Déjà condamné à plusieurs reprises, notamment pour des crimes sexuels, il a été arrêté en août 1921 dans sa chambre proche de la gare de Silésie, à Berlin, où une femme venait d'être tuée. Poursuivi pour trois meurtres de femmes, il s'est suicidé pendant son procès, en juillet 1922. Les enquêteurs le soupçonnaient d'un nombre bien plus élevé de meurtres commis dans le Berlin de l'après-guerre.

Surnom donné par la presse : « La bête de la gare de Silésie ». Affaires closes ne l'emploie pas comme titre.

Le contexte

Carl Friedrich Wilhelm Großmann est né en 1863 (le 13 décembre selon Matthias Blazek) à Alt Ruppin, près de Neuruppin, dans le Brandebourg. Son parcours judiciaire commence tôt : vagabondage, vols, violences, puis des condamnations pour des crimes sexuels, dont une peine de quinze ans de réclusion prononcée en 1899 à Bayreuth pour des faits commis sur des enfants. Libéré en 1914 selon Matthias Blazek, il s'installe à Berlin. Au début des années 1920, il loue une chambre dans le quartier de Friedrichshain, près de la gare de Silésie (Schlesischer Bahnhof), l'un des quartiers les plus pauvres de la capitale. Entre 1918 et 1921, selon Matthias Blazek, vingt-trois femmes ont été retrouvées mortes dans ce secteur et dans les cours d'eau berlinois.

L'enquête et l'arrestation

Le 21 août 1921, des voisins alertés par des cris préviennent la police, qui découvre dans la chambre de Großmann une femme qui vient d'être tuée, Marie Nitsche. Il est arrêté sur place. Selon Matthias Blazek et Der Tagesspiegel, l'intervention est menée par le commissaire Ernst Gennat, figure de la police criminelle berlinoise sous la République de Weimar. Au fil des interrogatoires, Großmann reconnaît trois meurtres, que l'instruction, conduite selon Wikipédia (DE) par le juge Walter Böhmert, retient seuls : ceux de Marie Nitsche, de Johanna Sosnowski, 29 ans, et d'Albertine Asche.

Le dénouement judiciaire

Le procès s'ouvre au début de juillet 1922 à Berlin, devant la cour d'assises du tribunal régional selon Matthias Blazek — le 1er juillet selon Matthias Blazek, le 3 selon Wikipédia (EN). Selon l'historienne Sace Elder, il est écourté à trois jours d'audience. Le 5 juillet 1922, Großmann se pend dans sa cellule, à la maison d'arrêt de Moabit selon Matthias Blazek, avant que le jury ait rendu son verdict. L'action publique s'éteint avec sa mort : l'affaire est close sans condamnation. Les trois meurtres poursuivis constituent les victimes confirmées par l'instruction ; le reste relève de la suspicion. Les estimations publiées varient fortement : quinze à vingt victimes supplémentaires soupçonnées par la police selon Sace Elder, vingt à cent selon Matthias Blazek, qui rappelle que Großmann lui-même n'en admettait « au plus » que cinq. Ces chiffres hauts n'ont jamais été établis.

La place de l'affaire

L'affaire est l'une des grandes affaires criminelles berlinoises des années 1920, avec celle de Fritz Haarmann à Hanovre et, plus tard, celle de Peter Kürten à Düsseldorf. Selon Der Tagesspiegel, Ernst Gennat aurait ensuite fait de ce dossier l'un des exemples fondateurs de la notion de tueur en série dans la criminologie allemande. La presse l'a surnommé « la bête de la gare de Silésie », formule reprise en titre par le romancier Horst Bosetzky (2004). Dans un chapitre de l'ouvrage collectif Crime and Criminal Justice in Modern Germany dirigé par Richard F. Wetzell, Sace Elder montre que la couverture du procès a surtout servi de support aux inquiétudes de l'après-guerre : l'exode rural vers Berlin, l'autonomie économique des femmes, la prostitution. Elle souligne que ces récits occultaient la précarité très concrète des victimes, des femmes pauvres des quartiers est de la ville. La germaniste Maria Tatar a également consacré à ces affaires son essai Lustmord : Sexual Murder in Weimar Germany (1995).

Sources

Pour se repérer

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