FranceNotice1901–1901Var, Alpes-Maritimes

Henri Vidal

Avertissement. Cette notice traite de crimes réels. Elle ne contient aucune image ni description détaillée des sévices, mais son sujet peut heurter.

En bref. Henri Vidal (décès en 1906) : 2 victimes confirmées en France (Var, Alpes-Maritimes) en 1901. Condamné à mort par la cour d'assises des Alpes-Maritimes, à Nice, en novembre 1902 ; peine commuée par le président Loubet en travaux forcés à perpétuité ; mort au bagne de Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane) en juillet 1906.

Statut
Décédé (juillet 1906)
Période d'activité
1901–1901
Victimes confirmées
2
Verdict
Condamné à mort par la cour d'assises des Alpes-Maritimes, à Nice, en novembre 1902 ; peine commuée par le président Loubet en travaux forcés à perpétuité ; mort au bagne de Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane) en juillet 1906

Hôtelier à Hyères, il a agressé quatre femmes en quelques semaines à la fin de 1901, sur la côte varoise et azuréenne ; deux sont mortes. Arrêté par hasard lors d'un contrôle dans un train, il a été condamné à mort, gracié, puis envoyé au bagne de Guyane, où il est mort. Les historiens Philippe Artières et Dominique Kalifa lui ont consacré une biographie à partir des archives de l'affaire.

Surnom donné par la presse : « Le tueur de femmes ». Affaires closes ne l'emploie pas comme titre.

Le contexte

Henri Vidal est né en 1867 à Vals, en Ardèche, comme l'indiquait Le Rappel au lendemain de son arrestation. Au tournant du siècle, il vivait à Hyères, sur la côte varoise, où sa mère tenait l'hôtel des Hespérides ; la presse le présente en janvier 1902 comme un hôtelier de 34 ans. La Côte d'Azur de 1901 est alors en plein essor touristique : hôtels, casinos et ligne de chemin de fer littorale y attirent une clientèle et une main-d'œuvre saisonnière nombreuses.

En décembre 1901, en quelques semaines, Vidal a agressé plusieurs femmes au couteau, à Tamaris, près de Toulon, et à Hyères. Deux d'entre elles sont mortes. L'une des deux, Gertrude Hirsbrunner, une Suissesse de 20 ans employée à Monte-Carlo, a été tuée le 22 décembre 1901 dans un train de la ligne Nice-Monaco, près d'Èze, et volée. Les autres femmes agressées ont survécu.

L'enquête et l'arrestation

L'arrestation doit beaucoup au hasard. Selon RetroNews, Vidal a été interpellé en gare de Nice parce qu'il voyageait sans billet ; les blessures qu'il portait aux mains et l'état de ses effets ont attiré l'attention. Le rapprochement avec le meurtre commis dans le train a été fait rapidement, et la presse du 1er et du 2 janvier 1902 rapporte qu'il était passé aux aveux. L'instruction a été menée à Nice, où le juge l'a entendu à de nombreuses reprises sur l'ensemble des agressions de la côte varoise et azuréenne.

La question centrale de l'instruction a été celle de sa responsabilité. Au début de février 1902, Le Petit Journal annonçait son transfert à Lyon pour y être examiné. Selon RetroNews, qui cite La Presse du 4 novembre 1902, les experts, parmi lesquels le professeur Alexandre Lacassagne, ont conclu qu'il ne présentait ni folie ni épilepsie, mais des « signes de dégénérescence », et l'ont déclaré responsable de ses actes avec une légère atténuation. Cette expertise psychiatrique a fermé la porte à l'irresponsabilité pénale.

Le procès et le verdict

Henri Vidal a comparu au début de novembre 1902 devant la cour d'assises des Alpes-Maritimes, à Nice ; Le Petit Journal du 4 novembre ouvrait son compte rendu sur l'accusé « devant le jury ». Le 5 novembre 1902, selon RetroNews, il a été condamné à mort. La peine n'a pas été exécutée : le président de la République, Émile Loubet, l'a commuée en travaux forcés à perpétuité. Vidal a été transporté au bagne de Guyane, à Saint-Laurent-du-Maroni, où il est mort en juillet 1906, à 39 ans. La nouvelle n'a atteint la presse métropolitaine qu'en février 1907, Le Matin annonçant alors que « le tueur de femmes, condamné à Nice en 1902, vient de mourir ».

La place de l'affaire

L'affaire Vidal aurait pu rester un fait divers régional. Elle doit sa notoriété actuelle aux historiens Philippe Artières et Dominique Kalifa, qui en ont tiré une « biographie sociale », rééditée en 2017 aux éditions Verdier. Leur parti pris n'est pas de juger à nouveau l'accusé : ils montent, sans commentaire, les écrits produits sur lui (procès-verbaux, rapports médicaux, articles de presse, lettres, cahiers rédigés par Vidal en prison) pour montrer comment juges, médecins, journalistes et proches ont ensemble « écrit » la figure du criminel. Le livre est devenu une référence de l'histoire du crime et de la criminologie naissante, dont l'expertise de Vidal offre un exemple direct.

L'affaire éclaire aussi le sort des condamnés à mort graciés au début du XXe siècle : la commutation de peine signifiait alors le bagne guyanais, où Vidal est mort moins de quatre ans après son procès. Voir les autres affaires du hub France et l'article Le premier tueur en série français.

Sources

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