BiélorussieDossier1971-1985Région de Vitebsk
L'affaire Guennadi Mikhassevitch
De 1971 à 1985, dans la région de Vitebsk, en Biélorussie soviétique, des femmes seules ont été tuées le long des routes et à proximité des villages. Pendant quatorze ans, la milice a traité chaque meurtre comme une affaire distincte, et quatorze personnes ont été condamnées pour des crimes qu'elles n'avaient pas commis ; l'une d'elles a été fusillée. L'auteur, Guennadi Mikhassevitch, mécanicien de sovkhoze, membre du Parti communiste et volontaire des patrouilles auxiliaires de la milice, a lui-même participé à certaines vérifications menées par les enquêteurs. Il a été confondu en décembre 1985 par une comparaison d'écritures portant sur plus d'un demi-million d'échantillons. Reconnu coupable de trente-six meurtres en 1987, il a été condamné à mort et exécuté. L'affaire reste l'une des erreurs judiciaires les plus documentées de l'URSS.
Les faits
Guennadi Mikhassevitch est né le 7 avril 1947 dans le village d'Ist, dans la région de Vitebsk, au nord de la Biélorussie soviétique. Entré en 1970 au technicum agricole de Haradok (Gorodok), dont il sort diplômé en juin 1973 selon Lenta.ru et l'encyclopédie de Vitebsk, il travaille ensuite comme technicien, puis comme mécanicien, dans des sovkhozes de la région de Polotsk. Marié en 1976, père de deux enfants, il adhère au Parti communiste en 1978 et devient secrétaire d'une organisation locale du parti, selon Lenta.ru, Vetchernaïa Moskva et l'encyclopédie de Vitebsk. Il fait aussi partie des « droujiny », patrouilles de volontaires qui assistent la milice, et figure, selon Lenta.ru, au tableau d'honneur de son exploitation.
Entre mai 1971 et 1985, il tue des femmes qu'il rencontre seules sur les routes, aux arrêts de bus ou qu'il fait monter dans sa voiture. La justice lui a imputé trente-six meurtres ; il en a avoué quarante-trois. La série n'est pas régulière : selon Diletant et Wikipédia, aucun meurtre n'est recensé en 1974, tandis que douze sont commis en 1984.
Comment l'enquête a abouti
Le dossier Mikhassevitch est d'abord l'histoire d'une enquête qui a échoué pendant quatorze ans, et dont les échecs ont été payés par d'autres. Jusqu'au milieu des années 1980, chaque meurtre a été traité comme une affaire isolée, confiée à des équipes différentes, et la plupart ont été « élucidés » par la condamnation d'un suspect local. Selon Argoumenty i Fakty, Lenta.ru, Vetchernaïa Moskva, Diletant, SB. Belarus Segodnia, Sputnik Biélorussie et Euroradio, quatorze personnes ont ainsi été condamnées pour des crimes qu'il avait commis ; Zerkalo en recense treize, en plus d'un homme exécuté, et Komsomolskaïa Pravda parle de treize condamnés.
Les condamnés à tort
Les peines prononcées allaient de deux ans et demi à quinze ans de privation de liberté, selon la liste publiée par Zerkalo ; une femme a été condamnée à dix ans comme complice, selon Zerkalo et Lenta.ru. Dès le premier meurtre, en mai 1971, un homme a été condamné à quinze ans. Un autre a été condamné à douze ans au seul motif, selon Diletant, qu'on l'avait vu promener un chien près des lieux. Un troisième a perdu la vue en détention et a été libéré au bout de six ans, selon Zerkalo, Lenta.ru, Diletant et Euroradio.
Le cas le plus grave est celui de Nikolaï Terenia (orthographié Ternia par certains titres), originaire de Polotsk. Condamné à mort pour l'un des meurtres de la série, il a été fusillé, selon Diletant, Life.ru, Euroradio et Sputnik Biélorussie ; selon Diletant, il était revenu sur ses aveux. Il a été réhabilité à titre posthume, selon Argoumenty i Fakty. Wikipédia en anglais évoque « au moins deux » condamnés exécutés, un chiffre qu'aucune des sources de presse consultées ne reprend.
Ces dossiers reposaient le plus souvent sur des aveux. Selon Zerkalo, ils avaient été obtenus par la menace et la violence, et certaines preuves avaient été fabriquées. Lenta.ru décrit le cas d'un chauffeur soumis à dix interrogatoires en deux semaines, chez qui une photographie de la victime aurait été déposée lors d'une perquisition. Au centre de plusieurs de ces affaires se trouvait Mikhaïl Javnerovitch, enquêteur réputé que l'on surnommait, selon Zerkalo, le « Maigret biélorusse ». Selon Zerkalo, il aurait résumé sa méthode par une phrase devenue le titre de l'article : « Peu m'importe qui ira en prison. »
Un suspect dans les rangs des volontaires
Au début des années 1980, des témoins signalent près de lieux de crimes une Zaporojets rouge, petite voiture soviétique courante. Selon Lenta.ru et Diletant, la milice entreprend de vérifier quelque 7 000 propriétaires de ce modèle dans la région. Mikhassevitch en possède une. Membre des droujiny, il a, selon Lenta.ru et Komsomolskaïa Pravda, participé lui-même à la recherche de la Zaporojets rouge et assisté à plusieurs procès d'hommes condamnés pour ses crimes. Selon Vetchernaïa Moskva et Lenta.ru, il cesse alors d'utiliser sa voiture personnelle au profit de véhicules de service.
La série n'est reconnue comme telle que tardivement, grâce à l'enquêteur Nikolaï Ignatovitch. Selon Lenta.ru et SB. Belarus Segodnia, c'est en 1985 qu'il établit le caractère sériel des meurtres ; selon Lenta.ru, il reprend alors une trentaine de dossiers et défend, contre une partie de ses collègues, l'hypothèse d'un auteur unique. Diletant situe ce travail au début des années 1980. Il dresse un portrait de l'auteur présumé : un homme connaissant bien la région, travaillant dans l'automobile ou la mécanique, et peut-être proche de la milice.
Les lettres et l'écriture
L'erreur décisive est venue de l'auteur lui-même. Pour orienter l'enquête vers une piste politique, il a rédigé des lettres anonymes signées d'une prétendue organisation, les « Patriotes de Vitebsk », dont l'une a été adressée à la presse. Selon Lenta.ru, ces messages, présentés comme antisoviétiques, ont d'abord été traités par le KGB, avant d'être transmis à la milice. Ils ont donné aux enquêteurs une écriture.
Une comparaison graphologique d'une ampleur exceptionnelle a alors été engagée : environ 556 000 échantillons selon Wikipédia et l'encyclopédie de Vitebsk, 560 000 selon Argoumenty i Fakty, Lenta.ru et SB. Belarus Segodnia. Selon un ancien magistrat du parquet interrogé par Sputnik Biélorussie en 2024, une trentaine d'experts venus de toute l'Union soviétique ont été mobilisés. En décembre 1985, les experts reconnaissent l'écriture des lettres dans un document rempli par Mikhassevitch en tant qu'automobiliste. Les sources divergent sur sa nature : des formalités liées à l'immatriculation de sa voiture selon Argoumenty i Fakty, un procès-verbal de la circulation selon Vetchernaïa Moskva, une déclaration écrite lors de la vérification des propriétaires de Zaporojets ou après un accident selon Lenta.ru. Le recoupement de l'écriture et du fichier des véhicules a conduit à lui.
Il est arrêté au village de Gorany, chez un parent, le 9 décembre 1985 selon Vetchernaïa Moskva, Life.ru, Komsomolskaïa Pravda, l'encyclopédie de Vitebsk et Wikipédia, le 8 selon Argoumenty i Fakty ; RIA Novosti et Sputnik Biélorussie datent l'arrestation de décembre 1986, ce que contredisent les autres sources. Selon Vetchernaïa Moskva, Lenta.ru et SB. Belarus Segodnia, il s'apprêtait à partir pour Odessa : en avion selon Vetchernaïa Moskva et l'encyclopédie de Vitebsk, en train selon Lenta.ru. Selon Lenta.ru, la mobilisation des enquêteurs autour de cette affaire a aussi permis d'élucider quelque 220 autres crimes, dont 27 meurtres ; l'encyclopédie de Vitebsk avance un chiffre voisin, 221 crimes dont 27 meurtres, pour les années 1984 et 1985.
Chronologie de l'affaire
- Naissance de Guennadi Mikhassevitch dans un village de la RSS de Biélorussie.
- De retour du service militaire, il entre au technicum agricole ; il en sort diplômé en juin 1973, selon Lenta.ru et l'encyclopédie de Vitebsk, et devient technicien puis mécanicien dans des sovkhozes de la région de Polotsk.
- Meurtre d'une jeune femme de dix-neuf ans : c'est le premier que la justice lui attribuera. Un homme est condamné à quinze ans de privation de liberté pour ce crime.
- Il adhère au Parti communiste, dont il devient secrétaire d'une organisation locale, selon Lenta.ru et l'encyclopédie de Vitebsk ; il fait aussi partie des « droujiny », patrouilles de volontaires qui assistent la milice.
- Il circule à partir de cette époque dans une Zaporojets rouge, selon Argoumenty i Fakty. Signalé par des témoins, ce modèle conduira la milice à vérifier environ 7 000 propriétaires ; volontaire des patrouilles, Mikhassevitch participe à ces vérifications, selon Lenta.ru et Komsomolskaïa Pravda.
- Année la plus meurtrière de la série : douze meurtres, selon Diletant, SB. Belarus Segodnia et Wikipédia.
- L'enquêteur Nikolaï Ignatovitch reprend une trentaine de dossiers et défend l'hypothèse d'un auteur unique. Des lettres signées « Patriotes de Vitebsk » donnent lieu à une comparaison d'écritures d'environ 556 000 à 560 000 échantillons.
- Une écriture manuscrite tirée de ses formalités d'automobiliste correspond à celle des lettres. Il est arrêté le 9 décembre selon Vetchernaïa Moskva, Life.ru, Komsomolskaïa Pravda et Wikipédia, le 8 selon Argoumenty i Fakty. Il reconnaît ensuite quarante-trois meurtres.
- Ouverture de son procès à Minsk, qui dure jusqu'au 19 mai 1987 selon Argoumenty i Fakty et l'encyclopédie de Vitebsk ; Sputnik Biélorussie confirme un procès ouvert en avril 1987 et long de plus d'un mois.
- Reconnu coupable de trente-six meurtres, il est condamné à mort.
- Exécution de Guennadi Mikhassevitch, selon Vetchernaïa Moskva, l'encyclopédie de Vitebsk et Wikipédia ; d'autres sources évoquent « l'automne 1987 » ou le début de 1988.
Fiche de l'auteur
Guennadi Mikhassevitch
Technicien agricole biélorusse condamné pour trente-six meurtres commis sur quatorze ans ; quatorze innocents avaient été condamnés à sa place, dont au moins un exécuté, l'une des erreurs judiciaires les plus documentées de l'URSS.
Les lieux liés à l'affaire
- Vitebsk — Chef-lieu de la région où ont été commis les meurtres et siège de l'enquête ; les condamnés à tort y ont été relogés après leur réhabilitation
- Haradok (Gorodok), région de Vitebsk — Technicum agricole où il étudie de 1970 à 1973, selon Lenta.ru et l'encyclopédie de Vitebsk
- Polotsk — Ville du district où il travaille dans des sovkhozes ; ville d'origine de Nikolaï Terenia, condamné à tort et fusillé
- Novopolotsk — Arrêté en décembre 1985 au village de Gorany, chez un parent, il est conduit au commissariat de district de Novopolotsk, selon Lenta.ru
- Institut Serbski, Moscou — Institut de psychiatrie légale où il est examiné ; il est déclaré responsable de ses actes, selon Diletant
- Minsk — Capitale de la RSS de Biélorussie, où s'est tenu son procès en 1987 et où il aurait été exécuté
Le procès et le verdict
Après son arrestation, Guennadi Mikhassevitch a d'abord nié, en soutenant, selon Lenta.ru, que deux inconnus l'avaient contraint à écrire les lettres signées « Patriotes de Vitebsk ». Il est ensuite passé aux aveux et a reconnu quarante-trois meurtres, dont il a fait le récit lors de reconstitutions. Les enquêteurs n'en ont pu établir que trente-six : ce sont les faits pour lesquels il a été jugé, selon Argoumenty i Fakty, Lenta.ru et Vetchernaïa Moskva. Selon Diletant, l'accusation retenait aussi une tentative de meurtre.
L'expertise psychiatrique, conduite selon Diletant à l'Institut Serbski de Moscou, centre de référence de la psychiatrie légale soviétique, n'a relevé aucune maladie mentale et l'a déclaré responsable de ses actes. Selon Vetchernaïa Moskva, il avait tenté de simuler un trouble mental.
Selon Argoumenty i Fakty et l'encyclopédie de Vitebsk, le procès s'est tenu à Minsk du 14 avril au 19 mai 1987. Mikhassevitch a été reconnu coupable de trente-six meurtres et condamné à mort. Il a été fusillé le 25 septembre 1987, selon Vetchernaïa Moskva, l'encyclopédie de Vitebsk et Wikipédia ; Lenta.ru, Argoumenty i Fakty et SB. Belarus Segodnia indiquent « l'automne 1987 ». D'autres sources placent l'exécution au début de 1988 : Life.ru l'écrit, l'ouvrage collectif « 100 знаменитых судебных процессов » la date du 19 janvier 1988, et RIA Novosti fait état d'une incertitude entre septembre 1987 et janvier 1988. L'exécution aurait eu lieu à Minsk.
Ce procès n'était que la moitié de l'affaire. Il a entraîné le réexamen de toutes les condamnations prononcées depuis 1971 pour les meurtres qu'il avait avoués, puis des poursuites contre une partie des fonctionnaires qui les avaient obtenues.
Ce que l'affaire a changé
L'arrestation de Mikhassevitch a imposé le réexamen de toutes les condamnations prononcées pour ses crimes. Les condamnés encore détenus ont été libérés et réhabilités, Nikolaï Terenia à titre posthume. Selon Lenta.ru et Vetchernaïa Moskva, ils ont été indemnisés et relogés à Vitebsk ; RIA Novosti fait état, pour l'un d'eux, d'une indemnité de 3 700 roubles, sur laquelle des impôts ont été prélevés. Selon Lenta.ru, tous n'ont pas réussi à se réinsérer.
Les responsabilités ont été recherchées, mais de façon limitée. Environ deux cents fonctionnaires de la milice et de la justice ont été sanctionnés, selon Zerkalo, Argoumenty i Fakty, Diletant, Komsomolskaïa Pravda et Euroradio, le plus souvent par des blâmes, des licenciements ou des exclusions du parti. Une seule peine de prison ferme est attestée par plusieurs sources : quatre ans, prononcés contre un magistrat du parquet, selon Zerkalo, Argoumenty i Fakty, Komsomolskaïa Pravda, Life.ru et Sputnik Biélorussie ; Lenta.ru parle d'un fonctionnaire, Vetchernaïa Moskva de responsables de l'enquête. Mikhaïl Javnerovitch a été exclu du parti et écarté du service ; les poursuites engagées contre lui ont été éteintes par une amnistie, selon Zerkalo, Argoumenty i Fakty et Euroradio, qui précise qu'il s'agissait de l'amnistie du soixante-dixième anniversaire de la révolution d'Octobre. Il est mort à la fin de 1987, selon Zerkalo et Euroradio.
Nous n'avons trouvé aucune réforme de la procédure pénale soviétique directement attribuable à cette affaire. Son héritage est ailleurs : avec le dossier Andreï Tchikatilo, jugé quelques années plus tard en Russie, elle est devenue l'exemple d'une justice qui privilégiait le taux d'élucidation et l'aveu sur la preuve. Selon Lenta.ru, Nikolaï Ignatovitch en a tiré ce bilan : l'arrestation n'avait pas extirpé le mal, mais laissé subsister ses « métastases ». La presse biélorusse et russe revient régulièrement sur le sort des condamnés à tort, comme l'a fait RIA Novosti en 2017.
Profil psychologique : ce que disent les experts
Expertises judiciaires
Après ses aveux, Guennadi Mikhassevitch a été soumis à une expertise psychiatrique à l'Institut Serbski de Moscou, l'établissement de référence de la psychiatrie légale soviétique, selon Diletant, l'encyclopédie de Vitebsk et le recueil « 100 знаменитых судебных процессов » (Folio, 2009). Sa conclusion est rapportée de façon concordante : aucune maladie mentale, et un homme capable de se rendre compte de ses actes et de les diriger, donc responsable au regard du droit pénal soviétique. Selon Lenta.ru, Vetchernaïa Moskva et RIA Novosti, il avait tenté de se faire passer pour malade mental ; les psychiatres ne l'ont pas suivi.
La question de l'irresponsabilité pénale était donc réglée avant l'audience. Jugé à Minsk du 14 avril au 19 mai 1987, par la chambre criminelle de la Cour suprême de l'URSS selon l'encyclopédie de Vitebsk et le recueil de Folio, il a été reconnu coupable de trente-six meurtres et condamné à mort. Ce verdict tranche une question de droit ; il ne vaut pas diagnostic médical.
Diagnostics publiés
Le rapport de l'Institut Serbski n'a pas été publié. Nous n'en connaissons qu'un extrait, cité dans les mêmes termes par l'encyclopédie de Vitebsk et par le recueil de Folio, sans référence d'archive. Selon cet extrait, les experts auraient relevé des « traits de caractère psychopathiques » et une « inclination aux perversions sexuelles » se manifestant sous la forme d'un sadisme. Diletant en donne un résumé concordant.
Ce vocabulaire est celui de la psychiatrie soviétique des années 1980 : la « perversion sexuelle » y désigne ce que les classifications actuelles nomment paraphilie, et le sadisme évoqué renvoie à la notion de sadisme sexuel. Les experts n'étant pas nommés, il faut y lire la conclusion d'un collège, non l'avis d'un praticien identifié.
Parcours documenté
Né le 7 avril 1947 à Ist, dans la région de Vitebsk, il a grandi auprès d'un père alcoolique et violent envers sa mère, selon Lenta.ru, Argoumenty i Fakty, Vetchernaïa Moskva et Life.ru ; les trois premiers décrivent un enfant renfermé, moqué par ceux du village. Appelé au service militaire, dans la marine selon l'encyclopédie de Vitebsk et Sputnik Biélorussie, il a été réformé avant terme pour une hépatite. La jeune femme qu'il fréquentait avant son départ s'était mariée en son absence, selon Lenta.ru, SB. Belarus Segodnia et Sputnik Biélorussie. Rentré en 1970, il est entré la même année au technicum agricole de Haradok, dont il est sorti diplômé en juin 1973, selon Lenta.ru et l'encyclopédie de Vitebsk.
Marié en 1976, père de deux enfants, membre du Parti communiste à partir de 1978, il passait pour un homme réservé, qui ne buvait ni ne fumait, selon le recueil de Folio et Radio Svaboda. Ces éléments viennent de récits de presse, non du dossier d'instruction. Aucun lien de cause à effet n'a été établi entre cette enfance et les crimes.
Ce qu'il a dit de lui-même
Les propos qui suivent sont ceux de l'auteur des faits, recueillis pendant l'instruction et rapportés par la presse ; ils sont à lire avec prudence. Passé aux aveux après avoir d'abord nié, il a fait remonter la série au soir du 14 mai 1971 : il aurait alors eu l'intention de se pendre, par dépit amoureux, et y aurait renoncé en croisant une jeune femme sur sa route, selon Argoumenty i Fakty, Diletant, SB. Belarus Segodnia et Sputnik Biélorussie. Il a décrit, selon Diletant et Argoumenty i Fakty, un état de tension qui le poussait, par périodes, à chercher une victime, puis le soulagement qu'il disait éprouver ensuite ; « J'étais mon propre médecin », aurait-il déclaré, selon Lenta.ru et RIA Novosti. D'après des extraits de procès-verbaux que le journal biélorusse Salidarnasts reprend d'un livre du journaliste Nikolaï Modestov, il aurait dit que l'essentiel était pour lui de tuer, non l'acte sexuel.
À l'audience, il n'a exprimé aucun repentir, selon Lenta.ru et l'encyclopédie de Vitebsk ; d'après cette dernière, il aurait seulement dit regretter, dans sa dernière déclaration, que des innocents aient été condamnés à sa place.
Lectures criminologiques
La justice a retenu trente-six meurtres intentionnels de femmes, commis de 1971 à 1985 ; selon le recueil de Folio, l'arrêt leur assigne un mobile sexuel. Le mode opératoire décrit par l'enquête est constant : des femmes seules, abordées sur les routes ou aux arrêts de bus, ou prises en voiture.
Avant l'arrestation, l'enquêteur Nikolaï Ignatovitch avait dressé un portrait de l'auteur présumé : un homme connaissant bien la région, d'apparence engageante, dont le travail touchait à l'automobile, selon Lenta.ru et le recueil de Folio. Ce portrait d'enquête n'est pas une typologie psychologique, et c'est une comparaison d'écritures qui a désigné Mikhassevitch ; sur la portée de ces méthodes, voir notre article sur le profilage criminel.
Nous n'avons trouvé aucune étude psychiatrique ou criminologique publiée qui lui soit consacrée, ni aucun auteur qui lui applique nommément une typologie. Le réalisateur biélorusse Viktor Dachouk, auteur du film « Витебское дело » (1991), avance, comme sa version personnelle, que Mikhassevitch se serait livré de lui-même, par haine de soi et de sa propre vie. Cette lecture ne s'appuie sur aucune expertise citée.
Ce qu'on ne sait pas
On ignore qui a signé le rapport de l'Institut Serbski, quand l'examen a eu lieu et sur quels entretiens il repose. Le dossier d'instruction et l'arrêt de 1987 ne sont pas davantage publiés : les déclarations prêtées à Mikhassevitch nous parviennent par des citations de presse, dont la formulation varie d'un titre à l'autre, et son récit du premier meurtre ne repose que sur sa parole. Rien n'explique les interruptions de la série, sans meurtre recensé en 1974, ni son accélération en 1984. La date même de son exécution varie selon les sources.
Questions fréquentes
Combien de victimes a fait Guennadi Mikhassevitch ?
La justice l'a reconnu coupable de trente-six meurtres commis entre 1971 et 1985 dans la région de Vitebsk : ce sont ses victimes confirmées. Il avait avoué quarante-trois meurtres ; les sept autres n'ont pas pu être établis. Wikipédia avance une estimation plus élevée, qu'aucune source de presse consultée ne confirme.
Comment Guennadi Mikhassevitch a-t-il été arrêté ?
Par une comparaison d'écritures. Pour brouiller les pistes, il avait envoyé des lettres anonymes signées « Patriotes de Vitebsk ». Les enquêteurs ont comparé leur écriture à plus d'un demi-million d'échantillons, notamment ceux des propriétaires de voitures Zaporojets rouges, le modèle signalé par des témoins. En décembre 1985, son écriture, tirée de documents liés à sa voiture, a été reconnue. Il a été arrêté le 9 décembre 1985 selon la plupart des sources, le 8 selon Argoumenty i Fakty.
Combien d'innocents ont été condamnés à la place de Mikhassevitch ?
Quatorze personnes selon la plupart des sources, dont une femme poursuivie comme complice. Les peines allaient de deux ans et demi à quinze ans de privation de liberté. Nikolaï Terenia a été condamné à mort et fusillé ; il a été réhabilité à titre posthume. Les autres ont été libérés, réhabilités et indemnisés après le procès de 1987.
Quand Guennadi Mikhassevitch a-t-il été exécuté ?
Condamné à mort en mai 1987, il a été fusillé le 25 septembre 1987, selon Vetchernaïa Moskva, l'encyclopédie de Vitebsk et Wikipédia. D'autres titres de presse évoquent seulement l'automne 1987 ; Life.ru et un ouvrage collectif russe sur les grands procès placent l'exécution au début de 1988, et RIA Novosti fait état d'une incertitude entre septembre 1987 et janvier 1988.
Pour aller plus loin : documentaires et livres
Sélection informative, sans lien affilié.
- Article « Мне неважно, кто будет сидеть ». Как « легендарный » белорусский следователь оказался преступником (Zerkalo (ex-TUT.by), 20 novembre 2021 (en russe)) — L'enquête la plus complète sur les condamnés à tort et sur l'enquêteur qui avait obtenu leurs aveux. Lien non affilié.
- Livre 100 знаменитых судебных процессов, Valentina Skliarenko, Iana Batiï, Maria Pankova, Valentina Mirochnikova (Folio, Kharkiv (en russe), 2009) — Ouvrage collectif de vulgarisation consacré aux grands procès, dont un chapitre traite des condamnés à tort de l'affaire de Vitebsk. Lien non affilié.
- Documentaire Следствие вели… Витебский душитель (NTV, émission présentée par Leonid Kanevski, saison 2006-2007 (en russe)) — Épisode de la série documentaire russe consacrée aux grandes enquêtes soviétiques, centré sur l'enquête et les quatorze condamnés à tort. Lien non affilié.
- Article Без намеков. Как в Беларуси следователи сажали невиновных (Euroradio, 17 février 2023 (en russe)) — Article biélorusse sur les méthodes d'enquête qui ont conduit aux condamnations à tort et sur le sort de l'enquêteur mis en cause. Lien non affilié.
Sources
- « Мне неважно, кто будет сидеть ». Как « легендарный » белорусский следователь оказался преступником (20 novembre 2021), Zerkalo (ex-TUT.by)
- Душегуб. Настоящая история Витебского душителя (Andreï Sidortchik, 16 mai 2019), Argoumenty i Fakty
- « После убийства ему становилось легче » (Anna Komissarova, 5 octobre 2019), Lenta.ru
- Кровавый депутат : почему витебского душителя Михасевича не могли поймать 15 лет (Alexandra Zaïtseva, 16 janvier 2026), Vetchernaïa Moskva
- Витебский душитель (Elena Minouchkina, 5 septembre 2022), Diletant.media
- Отсидел за маньяка. Как живет человек, осужденный по делу Михасевича (23 novembre 2017), RIA Novosti
- Gennady Mikhasevich, Wikipedia (en)
- « Витебский душитель » : вспоминаем о жутких преступлениях 1970-х в Витебске, о которых говорили во всем СССР (Daria Gotovko, 19 août 2023, en russe), SB. Belarus Segodnia
- След маньяка (Sergueï Golesnik, 23 août 2007, en russe), SB. Belarus Segodnia
- Отсидеть за другого и выйти : кто ответил за « витебского Чикатило » (6 février 2021, en russe), lien non reproduit : son adresse nomme une personne condamnée à tort, Sputnik Biélorussie
- На чем прокололся « витебский Чикатило » : воспоминания следователя (25 mars 2024, en russe), Sputnik Biélorussie
- Без намеков. Как в Беларуси следователи сажали невиновных (17 février 2023, en russe), Euroradio
- Витебский Чикатило ходил на суды, чтобы смотреть, как судят людей за его преступления (Irina Kozlik, 14 décembre 2011, en russe), Komsomolskaïa Pravda
- Образцовый психопат. По числу жертв « витебский монстр » уступал только Чикатило (Evgueni Antoniouk, 30 novembre 2019, en russe), Life.ru
- Михасевич, Геннадий Модестович (en russe), Витебская энциклопедия (encyclopédie en ligne de Vitebsk)
- Безвинно осужденные, или Долгий путь к возмездию, dans « 100 знаменитых судебных процессов » (Valentina Skliarenko et al., Folio, 2009, en russe), Folio (extrait en ligne sur WikiChtenie)
- Следствие вели… Витебский душитель (saison 2006-2007, en russe), NTV
Corrections et mises à jour
- — Section « Profil psychologique » refondue en six rubriques, avec ses sources propres. Scolarité corrigée : il entre au technicum agricole de Haradok en 1970 et en sort diplômé en juin 1973, et non en 1970, selon Lenta.ru et l'encyclopédie de Vitebsk.
Signaler une erreur — réponse sous 15 jours, procédure de rectification.