FranceDossier1984-1987Paris, Île-de-France

L'affaire Thierry Paulin

Par Nathan Penin · Publié le 9 octobre 2026

D'octobre 1984 à novembre 1987, des femmes âgées vivant seules sont tuées chez elles à Paris, d'abord dans le 18e arrondissement. Les enquêteurs disposent d'empreintes digitales dès le début, mais aucun fichier ne permet de les attribuer. Arrêté par hasard en décembre 1987, Thierry Paulin avoue vingt et un meurtres ; l'instruction en retient dix-huit. Il meurt en détention en avril 1989 sans avoir été jugé : l'affaire est close sans condamnation.

Les faits

D'octobre 1984 à novembre 1987, des femmes âgées vivant seules sont tuées à leur domicile à Paris. Selon Le JDD, elles avaient entre 71 et 91 ans. Le scénario, tel que l'ont reconstitué les enquêteurs et que le résume Le Monde en 2006, se répète : la victime est suivie au retour des courses, poussée chez elle, frappée pour qu'elle révèle où elle range son argent. Les sommes emportées sont faibles, quelques centaines ou milliers de francs. Le mobile retenu est crapuleux, non sexuel.

La série se déroule en trois vagues. La première, à l'automne 1984, frappe surtout le 18e arrondissement, autour de la butte Montmartre, et installe pendant des mois l'inquiétude dans le quartier. Après un an d'interruption, une deuxième vague touche, de la fin de 1985 à l'été 1986, plusieurs arrondissements du sud et de l'est de Paris. La troisième, en octobre et novembre 1987, est la plus rapprochée ; plusieurs femmes y survivent. Thierry Paulin, arrêté le 1er décembre 1987, avouera vingt et un meurtres ; l'instruction en retiendra dix-huit.

Comment l'enquête a abouti

L'enquête de la brigade criminelle est l'une des plus longues et des plus frustrantes de la décennie. Dès 1984, les policiers relèvent sur plusieurs scènes les empreintes digitales de deux hommes ; à la fin de 1985, une empreinte relie la nouvelle série à la première. Mais au milieu des années 1980, rappelle Le Monde, le fichier central ne contient que les signalements des suspects déjà entendus, et les comparaisons se font à la main, carte par carte. Des millions d'empreintes sont examinées sans résultat. Un dispositif de surveillance quadrille le 18e arrondissement en 1985 ; les portraits-robots diffusés restent trop vagues.

Deux occasions sont manquées. En 1982, à Toulouse, Thierry Paulin, alors militaire, avait commis un vol avec violence sur une commerçante âgée : ses empreintes existaient, mais dans des archives locales que rien ne reliait à Paris. Le 5 août 1986, il est interpellé à Alfortville pour une affaire de stupéfiants, jugé et emprisonné ; personne ne songe à comparer ses empreintes à celles des scènes de crime. Il est libéré à la fin de l'été 1987, et les agressions reprennent en octobre.

Le dénouement vient des survivantes de la dernière série, dont les descriptions permettent de préciser le portrait-robot. Le 1er décembre 1987, un commissaire reconnaît Thierry Paulin dans la rue, près de la porte Saint-Denis, et l'interpelle. En garde à vue, il passe aux aveux : vingt et un meurtres, décrits avec précision et sans émotion apparente, selon les enquêteurs cités par Le Monde. Il met en cause un ancien compagnon pour les faits de l'automne 1984. Les deux hommes sont inculpés et écroués dans les jours qui suivent. Les empreintes, qui n'avaient servi à rien pour trouver le suspect, servent alors à confirmer ses aveux.

Chronologie de l'affaire

  1. Naissance de Thierry Paulin en Martinique. Il a vingt-quatre ans lors de son arrestation, selon Le Monde du 4 décembre 1987.
  2. Alors militaire, il commet un vol avec violence sur une commerçante âgée. Condamné à une peine avec sursis, il quitte l'armée. Ses empreintes sont relevées, mais restent dans les archives locales.
  3. Début de la série : à partir du 5 octobre, des femmes âgées vivant seules sont tuées à leur domicile, pour la plupart dans le 18e arrondissement, en quelques semaines. Les vols rapportent de petites sommes.
  4. Après l'automne 1984, les meurtres cessent pendant environ un an. La brigade criminelle quadrille le 18e arrondissement et compare des empreintes relevées sur plusieurs scènes, sans résultat.
  5. Nouvelle série, de la fin de 1985 au début de l'été 1986, dans plusieurs arrondissements du sud et de l'est de Paris. Une empreinte relie ces faits à ceux de 1984.
  6. Thierry Paulin est interpellé pour une affaire de stupéfiants sans lien avec la série et condamné à une peine de prison ferme. Personne ne compare ses empreintes à celles des scènes de crime.
  7. Décret n° 87-249 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), géré par le ministère de l'Intérieur.
  8. Libéré à la fin de l'été, il reprend les agressions en octobre et en novembre 1987. Plusieurs femmes y survivent ; leurs descriptions permettent d'affiner le portrait-robot.
  9. Un commissaire de police le reconnaît dans la rue, près de la porte Saint-Denis, et l'interpelle. En garde à vue, il avoue vingt et un meurtres commis depuis octobre 1984 et met en cause un ancien compagnon pour une partie des faits de 1984.
  10. Les deux hommes sont inculpés et écroués, rapporte Le Monde du 5 décembre 1987. L'instruction retiendra dix-huit meurtres contre Thierry Paulin, certains aveux n'ayant pu être corroborés.
  11. Thierry Paulin meurt dans la nuit du 16 au 17 avril 1989 à l'hôpital de la prison de Fresnes, des suites du sida, à vingt-cinq ans. L'action publique est éteinte à son égard : il ne sera jamais jugé.
  12. Son complice, jugé seul par la cour d'assises de Paris pour les faits de 1984, est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de dix-huit ans de sûreté. Il est remis en liberté en 2009.

Fiche de l'auteur

Thierry Paulin

Il a agressé et tué des femmes âgées, principalement dans le 18e arrondissement de Paris, entre 1984 et 1987, en partie avec un complice. Arrêté à Paris en décembre 1987, il a avoué une vingtaine de meurtres ; l'instruction en a retenu dix-huit. Il est mort en détention en avril 1989, avant d'avoir été jugé.

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Les lieux liés à l'affaire

Le procès et le verdict

Thierry Paulin n'a jamais été jugé. Inculpé en décembre 1987 à l'issue de sa garde à vue, il a fait l'objet d'une instruction qui a retenu contre lui dix-huit meurtres de femmes âgées, sur les vingt et un qu'il avait avoués. Sa mort en détention, en avril 1989, a entraîné l'extinction de l'action publique : aucune cour d'assises ne s'est prononcée sur sa culpabilité, et il reste, en droit, présumé innocent. C'est pourquoi le site classe l'affaire « close sans condamnation ».

Son complice présumé, mis en cause par ses aveux, a été jugé seul par la cour d'assises de Paris en décembre 1991. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de dix-huit ans pour sa participation aux meurtres de l'automne 1984. Le détail des faits retenus diverge selon les sources : sept meurtres et une tentative selon Le JDD, huit meurtres selon La Libre Belgique. Il a été remis en liberté en 2009 ; le site ne le nomme pas.

Ce que l'affaire a changé

L'affaire Paulin est restée l'exemple type d'une enquête retardée par l'absence d'outils : des empreintes conservées à Toulouse depuis 1982 n'ont jamais pu être rapprochées de celles relevées à Paris. Le décret n° 87-249 du 8 avril 1987, cité par une réponse ministérielle de 2016 et par la Cour européenne des droits de l'homme en 2013, autorise le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), géré par le ministère de l'Intérieur. Il est signé pendant l'enquête, avant l'arrestation : Wikipédia et Planet.fr estiment que l'affaire en a accéléré la création, mais aucun texte officiel consulté n'établit ce lien. Le JDD relève qu'avec les fichiers automatisés d'empreintes et d'ADN d'aujourd'hui, l'enquête aurait sans doute été plus courte. La logique de fichier national a ensuite été étendue aux empreintes génétiques, avec le FNAEG en 1998.

L'affaire pose aussi une question de justice : faute de procès, les familles des victimes n'ont jamais entendu l'accusé principal devant une cour. Seul son complice a été jugé, en 1991, pour la première série. Au cinéma, Claire Denis s'en est librement inspirée dans J'ai pas sommeil, présenté à Cannes en 1994, qui s'attache moins aux faits qu'au Paris nocturne où l'auteur menait une double vie.

Profil psychologique : ce que disent les experts

Expertises judiciaires

Le neuropsychiatre Serge Bornstein, expert national, enseignant de psychiatrie légale à Paris XI, indique dans la présentation de son livre L'assassin des vieilles dames (2005) avoir examiné Thierry Paulin en sa qualité d'expert ; ni la date ni le cadre exact de cet examen ne sont précisés. Les conclusions de l'expertise psychiatrique n'ont pas été publiées. La question de sa responsabilité pénale, c'est-à-dire d'une éventuelle abolition ou altération du discernement, n'a jamais été tranchée : il est mort avant d'être renvoyé devant une cour d'assises. Aucune juridiction ne s'est donc prononcée, ni sur sa culpabilité, ni sur son état mental.

Au procès de son complice, en 1991, un expert psychiatre a parlé, selon Le Monde, de la « conduite psychotique » de Thierry Paulin, que le complice disait avoir davantage subie que partagée. L'expression, rapportée sans le nom de son auteur, relève du témoignage d'audience ; elle ne vaut pas diagnostic.

Diagnostics publiés

Aucune expertise publiée à notre connaissance. L'ouvrage de Serge Bornstein, selon sa présentation, aborde l'affaire comme « un problème psychiatrique » ; le site n'a pas pu en consulter le texte et n'en tire donc aucun diagnostic.

Parcours documenté

Né en 1963 à Fort-de-France, en Martinique, Thierry Paulin a été élevé, selon Wikipédia, d'abord par sa grand-mère paternelle, puis par sa mère ; son père s'était installé en métropole. Il s'engage jeune dans l'armée. En 1982, à Toulouse, il commet un vol avec violence sur une commerçante âgée et est condamné à une peine avec sursis ; il quitte l'armée. Installé à Paris au début des années 1980, il travaille comme serveur dans un cabaret et fréquente le monde de la nuit, où il est connu comme un personnage charmeur et dépensier, rapporte Le Monde en 2006. Il est condamné en 1986 pour une affaire de stupéfiants et apprend en détention sa séropositivité. Plusieurs auteurs mettent en regard cette double vie, faite de fêtes payées avec l'argent des victimes, et la série de meurtres ; aucun lien de cause à effet n'a été établi.

Ce qu'il a dit de lui-même

Les propos qui suivent sont ceux de l'auteur des faits ; ils sont à lire avec prudence. En garde à vue, en décembre 1987, Thierry Paulin a reconnu spontanément vingt et un meurtres, avec de nombreux détails, selon Le Monde. Les enquêteurs l'ont décrit comme émotionnellement absent de ses crimes, uniquement préoccupé par l'argent qu'il en tirait. Il a désigné son complice pour la première série. La présentation du livre de Serge Bornstein évoque, à l'inverse, un homme qui se serait ensuite réfugié dans des « propos obscurs », sans remords : les sources consultées ne disent pas s'il est revenu sur ses aveux pendant l'instruction.

Lectures criminologiques

Le mobile retenu par les enquêteurs est l'appât du gain : de petites sommes, aussitôt dépensées. Le mode opératoire repose sur le choix de victimes vulnérables, âgées et isolées, suivies jusqu'à leur domicile. En 2006, Le Monde jugeait l'expression « tueur en série » inexacte au sens où l'entendaient alors les criminologues, qui la réservaient aux meurtriers à mobile sexuel, et préférait parler de « tueur multiple ». Aucune typologie criminologique ne lui a été appliquée nommément dans les sources consultées. L'affaire ne doit rien au profilage criminel : c'est un portrait-robot et une reconnaissance dans la rue qui ont mis fin à la série.

Ce qu'on ne sait pas

Les conclusions des experts n'ont jamais été rendues publiques, et aucun procès n'a permis de les discuter. Le nombre exact des victimes reste incertain : vingt et un aveux selon Le Monde, vingt-deux selon Le JDD, dix-huit meurtres retenus par l'instruction. La part respective des deux hommes dans les faits de 1984 n'a été examinée qu'au procès du complice, en l'absence du principal accusé.

Questions fréquentes

Combien de victimes Thierry Paulin a-t-il faites ?

En garde à vue, en décembre 1987, Thierry Paulin a avoué vingt et un meurtres de femmes âgées commis à Paris entre octobre 1984 et novembre 1987, selon Le Monde. L'instruction en a retenu dix-huit, les autres aveux n'ayant pu être corroborés. Faute de procès, aucun de ces faits n'a été jugé : le site compte dix-huit victimes retenues par la justice et une vingtaine de victimes possibles.

Thierry Paulin a-t-il été jugé ?

Non. Il est mort en détention dans la nuit du 16 au 17 avril 1989, à l'hôpital de la prison de Fresnes, des suites du sida, avant l'ouverture de son procès. Sa mort a éteint l'action publique : aucune juridiction ne s'est prononcée sur sa culpabilité. Seul son complice a été jugé, en décembre 1991.

Comment Thierry Paulin a-t-il été arrêté ?

Par un commissaire de police qui l'a reconnu dans la rue, près de la porte Saint-Denis, le 1er décembre 1987, grâce au portrait-robot établi d'après les descriptions de femmes ayant survécu aux dernières agressions. Ses empreintes étaient pourtant connues depuis 1982 à Toulouse, mais aucun fichier central ne permettait de les comparer à celles relevées à Paris.

Quel lien entre l'affaire Paulin et le fichier des empreintes digitales ?

L'affaire est souvent citée pour illustrer ce qui manquait aux enquêteurs : un fichier automatisé et national des empreintes digitales. Le décret créant le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) date du 8 avril 1987, pendant l'enquête. Plusieurs récits de l'affaire estiment qu'elle en a accéléré la mise en place ; c'est une lecture rétrospective, pas un fait établi par un texte officiel.

Pour aller plus loin : documentaires, films, livres et podcasts

Sélection informative, sans lien affilié.

Sources

  1. Thierry Paulin avoue l'assassinat de vingt et une vieilles dames à Paris, Le Monde, 4 décembre 1987
  2. Le meurtre des vieilles dames à Paris : Thierry Paulin et son complice ont été inculpés et écroués, Le Monde, 5 décembre 1987
  3. Meurtrier présumé de dix-huit vieilles dames à Paris : Thierry Paulin est mort, Le Monde, 19 avril 1989
  4. Le complice de Thierry Paulin condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, Le Monde, 22 décembre 1991
  5. Thierry Paulin : le tueur de vieilles dames enfin capturé (Philippe Boggio), Le Monde, 7 août 2006
  6. Mort de Thierry Paulin, journal télévisé du 17 avril 1989, INA
  7. Elles s'appelaient Germaine, Anna, Suzanne, Ioana, Alice..., Le Journal du dimanche
  8. Les principaux tueurs en série français de ces vingt dernières années, La Libre Belgique, 30 juin 2004
  9. Thierry Paulin, l'histoire du « tueur de vieilles dames », Planet.fr
  10. Question écrite n° 79729 : fichier automatisé des empreintes digitales (réponse du 8 novembre 2016), Assemblée nationale
  11. Affaire M.K. c. France, 18 avril 2013 (§ 17 : décret n° 87-249 du 8 avril 1987), Cour européenne des droits de l'homme (reproduction Dalloz Étudiant)
  12. J'ai pas sommeil, Festival de Cannes
  13. Thierry Paulin, Wikipédia (fr)
  14. Thierry Paulin, Wikipedia (en)

Corrections et mises à jour

Aucune correction depuis la publication le 9 octobre 2026.

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