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L'affaire Marie-Thérèse Joniaux

Par Nathan Penin · Publié le 1er octobre 2026 · mis à jour le 5 octobre 2026

Fille d'un lieutenant-général aide de camp du roi, épouse d'un ingénieur des ponts et chaussées, Marie-Thérèse Joniaux appartenait à la bonne société belge. Entre 1892 et 1894, sa sœur, un oncle par alliance puis son frère sont morts à quelques mois d'intervalle, chaque fois assurés sur la vie à son profit. C'est la compagnie d'assurances londonienne Gresham, inquiète de la mort d'Alfred Ablaÿ quelques semaines après la signature d'une police de 100 000 francs, qui a saisi la justice. L'instruction, les exhumations et les analyses chimiques ont conduit à un procès d'assises de près d'un mois à Anvers, suivi par la presse de toute l'Europe et jusqu'aux États-Unis. Condamnée à mort le 3 février 1895, elle a vu sa peine commuée en réclusion à perpétuité. Elle est morte à Anvers en 1923.

Les faits

Marie-Thérèse Ablaÿ est née le 15 octobre 1844 à Malines, dans une famille de l'élite militaire belge : selon La Libre, son père était lieutenant-général et aide de camp du roi, et deux de ses oncles avaient le même grade. Mariée une première fois en 1869 à Frédéric Faber, mort en 1884, elle épouse ensuite Henri Joniaux, ingénieur des ponts et chaussées de la province d'Anvers, titre que lui donne aussi le New-York Tribune en avril 1894. Le couple vit à Anvers.

Derrière ce rang, la situation financière du ménage est désastreuse. Selon La Libre, les dettes atteignent 121 000 francs en 1892 ; selon Wikipédia, elles passent d'environ 100 000 francs en 1892 à 140 000 en 1894, alors que les revenus du couple, traitement du mari et pension des parents, ne dépassent guère 15 000 à 17 000 francs par an. La Libre décrit un train de vie fait de résidences à Anvers, à Bruxelles et à Spa, de séjours à Monaco et en Italie, et de pertes au jeu.

En l'espace de deux ans, trois proches meurent. Léonie Ablaÿ, sa sœur, en février 1892 : le décès est attribué à une fièvre typhoïde selon Wikipédia (fr), à une apoplexie selon La Libre. Jacques Van de Kerkhove, oncle par alliance, après un repas pris chez les Joniaux : fin 1892 selon Wikipédia (en) et Haoui, en 1893 selon La Libre ; les médecins concluent à une apoplexie. Puis Alfred Ablaÿ, son frère, dans la nuit du 5 au 6 mars 1894, au domicile des Joniaux à Anvers, au retour d'un déjeuner pris avec sa sœur à Bruxelles. Chacun d'eux était assuré sur la vie à son profit : 70 000 francs pour Léonie, répartis entre deux compagnies, et 100 000 francs pour Alfred.

Comment l'enquête a abouti

L'affaire ne part ni d'un médecin ni de la famille, mais d'un assureur. Alfred Ablaÿ avait été assuré par la compagnie londonienne Gresham, qui avait un bureau à Anvers, quelques semaines avant sa mort : le 17 février 1894 selon Wikipédia (en). Une police de 100 000 francs, une bénéficiaire lourdement endettée, un décès brutal chez elle : la compagnie porte plainte auprès du parquet d'Anvers. Selon Wikipédia, Marie-Thérèse Joniaux avait déjà acheté à crédit de l'argenterie et engagé des objets au mont-de-piété dans l'attente du versement.

Le juge d'instruction Eugène Hayoit de Termicourt ouvre alors une enquête qui va durer neuf mois. Elle avance sur deux fronts. Le premier est financier : les comptes du ménage, les dettes, les polices d'assurance, les héritages perçus. Le second est médical. Le juge fait exhumer Léonie Ablaÿ et Jacques Van de Kerkhove, et autopsier Alfred Ablaÿ. Les examens sont confiés à des médecins légistes, dont le professeur De Visscher, de l'université de Gand, et le docteur Van Vyve, médecin du tribunal d'Anvers, et à deux chimistes, G. Bruylants et Herman Druyts, selon les deux versions de Wikipédia.

Les résultats sont inégaux. Dans les viscères d'Alfred Ablaÿ, les chimistes relèvent des traces de morphine, selon La Libre et Wikipédia ; c'est l'élément le plus solide du dossier. Pour les deux premiers défunts, enterrés depuis près de deux ans, les autopsies ne permettent pas d'identifier un poison avec certitude, mais, selon Wikipédia, leurs constatations contredisent les causes de décès inscrites sur les certificats. Le travail des médecins légistes se heurte ici aux limites de la toxicologie du temps : les alcaloïdes végétaux comme la morphine sont plus difficiles à retrouver que les poisons minéraux comme l'arsenic, et leur trace s'efface avec le temps.

C'est l'enquête de pharmacie qui fait le lien. L'instruction établit que Marie-Thérèse Joniaux a acheté de la morphine chez des pharmaciens bruxellois, à des dates proches des décès. Des flacons sont retrouvés chez elle, selon La Libre. L'intéressée affirme que ces produits étaient destinés à soulager sa sœur malade. Selon Wikipédia, le juge examine aussi le passé : la mort de son premier mari, Frédéric Faber, en 1884, est jugée suspecte, mais il renonce à une exhumation, dix ans ayant passé et les chances de retrouver une trace de poison étant trop minces. D'autres décès dans la famille, dont celui d'un neveu, ont été évoqués sans être retenus par l'accusation.

Arrêtée et écrouée à la prison d'Anvers le 17 avril 1894, Marie-Thérèse Joniaux n'a jamais avoué. Dès le 19 avril, le New-York Tribune rapportait l'arrestation de « Mme Marie Thérèse Joniaux, épouse de M. Henry Joniaux, ingénieur en chef des ponts et chaussées de la province d'Anvers », accusée d'avoir empoisonné plusieurs de ses parents. L'acte d'accusation, rédigé au terme de l'instruction, retient trois empoisonnements.

Chronologie de l'affaire

  1. Naissance de Marie-Thérèse Ablaÿ, fille d'un lieutenant-général aide de camp du roi des Belges.
  2. Premier mariage, avec Frédéric Faber, mort en 1884. Elle épouse ensuite Henri Joniaux, ingénieur des ponts et chaussées.
  3. Mort de sa sœur Léonie Ablaÿ, attribuée à une maladie. Elle était assurée sur la vie pour 70 000 francs auprès de deux compagnies.
  4. Mort de Jacques Van de Kerkhove, oncle par alliance, après un repas chez les Joniaux (fin 1892 selon plusieurs sources, 1893 selon La Libre). Le décès est attribué à une apoplexie.
  5. Alfred Ablaÿ, son frère, est assuré sur la vie pour 100 000 francs auprès de la compagnie londonienne Gresham.
  6. Alfred Ablaÿ meurt dans la nuit du 5 au 6 mars, au domicile de sa sœur, au retour d'un déjeuner pris avec elle à Bruxelles.
  7. Sur plainte de la compagnie Gresham, Marie-Thérèse Joniaux est arrêtée et écrouée à la prison d'Anvers. La presse américaine rapporte l'arrestation dès le 19 avril.
  8. Instruction menée par le juge Eugène Hayoit de Termicourt : exhumations, autopsies, expertises chimiques, enquête sur les finances du couple et les achats de morphine.
  9. Ouverture du procès devant la cour d'assises de la province d'Anvers. Près de 300 témoins sont entendus.
  10. Au milieu de la nuit, le jury la déclare coupable à l'unanimité. Elle est condamnée à mort.
  11. Lettre ouverte au directeur de L'Étoile belge, dans laquelle elle clame son innocence et dénonce une erreur judiciaire.
  12. Sa peine ayant été commuée en détention à perpétuité, elle est transférée de la prison d'Anvers à celle de Mons.
  13. Mort de Marie-Thérèse Joniaux à Anvers, à 79 ans. Les circonstances d'une éventuelle libération ne sont pas établies.

Fiche de l'auteur

Marie-Thérèse Joniaux

Née Ablaÿ à Malines, elle a été reconnue coupable d'avoir empoisonné trois membres de sa famille entre 1892 et 1894, pour percevoir des assurances et des héritages. Son procès, qui a entendu près de 300 témoins, a eu un large écho en Europe.

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Les lieux liés à l'affaire

Le procès et le verdict

Le procès s'est ouvert le 7 janvier 1895 devant la cour d'assises de la province d'Anvers et s'est achevé dans la nuit du 3 février, après près d'un mois d'audiences : vingt-deux selon La Libre. Selon Wikipédia, la veille de l'ouverture, l'acte d'accusation avait été publié intégralement dans la presse. L'accusée était défendue par deux avocats de premier plan, Paul Hendrickx, du barreau d'Anvers, et Charles Graux, du barreau de Bruxelles, ancien ministre des Finances. Le nombre de témoins entendus, 296 selon Wikipédia (en) et La Libre, près de 290 selon un autre article de La Libre, dit l'ampleur de l'instruction : médecins de famille, pharmaciens, assureurs, créanciers, domestiques, parents.

L'accusation soutenait que Marie-Thérèse Joniaux avait empoisonné sa sœur, son oncle par alliance et son frère pour toucher des assurances sur la vie et des héritages, à un moment où les dettes du ménage dépassaient 100 000 francs. La défense plaidait l'absence de preuve directe : seule l'autopsie d'Alfred Ablaÿ avait livré des traces de morphine, l'accusée expliquait ses achats par les soins donnés à sa sœur malade, et les décès antérieurs avaient été certifiés naturels par des médecins. Selon La Libre, Charles Graux a lancé au jury : « Ne peut-on pas être à la fois innocente et intelligente ? »

Le verdict a été rendu vers 1 h 20 du matin le 3 février 1895, selon Kronobase et Wikipédia : le jury a répondu affirmativement, à l'unanimité, aux questions qui lui étaient posées, et la cour a prononcé la peine de mort. Selon La Libre, la foule massée autour du palais de justice a accueilli la sentence aux cris de « À mort ! ». Le pourvoi en cassation de la condamnée a été rejeté, selon Wikipédia.

Comme le voulait l'usage en Belgique, où les condamnations à mort n'étaient plus exécutées, la peine a été commuée en détention à perpétuité, selon Wikipédia et La Libre. Le 6 juin 1895, Marie-Thérèse Joniaux a quitté la prison d'Anvers pour celle de Mons. Elle est morte à Anvers en 1923, à 79 ans.

Ce que l'affaire a changé

L'affaire Joniaux n'a pas, à notre connaissance, entraîné de réforme de la loi belge. Elle est surtout révélatrice de son époque, à trois titres.

Elle montre d'abord le rôle nouveau des compagnies d'assurances dans la détection des crimes. L'assurance sur la vie, en plein essor à la fin du XIXe siècle, a créé un mobile, mais aussi un acteur doté de moyens et d'intérêt à vérifier les décès suspects. Sans la plainte de la Gresham, la mort d'Alfred Ablaÿ aurait pu, comme les deux précédentes, être enregistrée comme naturelle.

Elle illustre ensuite la place prise par l'expertise chimique et médico-légale devant les jurys d'assises, et ses limites. La preuve de la morphine ne valait que pour une victime sur trois ; c'est le faisceau d'indices, financier et pharmaceutique, qui a emporté la décision. Le recueil publié dès 1895 par Raymond de Ryckère dans la « Bibliothèque de criminologie » de l'éditeur lyonnais Storck rassemble l'acte d'accusation et les rapports des médecins experts et des chimistes : l'affaire est devenue, presque immédiatement, un cas d'étude pour la médecine légale.

Elle témoigne enfin de la naissance d'une presse judiciaire internationale. Le procès d'Anvers a été suivi par des journalistes venus de France, d'Allemagne et d'Angleterre, selon La Libre ; l'hebdomadaire britannique The Graphic lui consacrait un article le 19 janvier 1895, selon Wikipédia, et des dizaines de quotidiens américains en ont rendu compte, de l'arrestation au verdict, comme le montrent les collections numérisées de la Library of Congress. La RTBF parle d'une affaire qui a « défrayé la chronique en Europe ». En France, Albert Bataille, chroniqueur judiciaire du Figaro, lui consacre un chapitre de ses Causes criminelles et mondaines de 1895. Elle est aujourd'hui régulièrement rappelée par la presse belge parmi les grandes affaires criminelles du pays.

Profil psychologique : ce que disent les experts

Expertises judiciaires

Aucune des sources que nous avons pu consulter ne fait état d'une expertise psychiatrique de Marie-Thérèse Joniaux ni d'un examen de son état mental. Les expertises du procès d'Anvers ont porté sur les corps, non sur l'accusée : selon les notices de Wikipédia, qui reprennent l'intitulé du recueil publié en 1895 par Raymond de Ryckère, elles ont été confiées aux médecins De Visscher, de Baisieux et Van Vyve et aux chimistes Gustave Bruylants et Herman Druyts. La défense aurait fait citer ses propres médecins et chimistes pour discuter leurs conclusions, selon la chronique familiale Joniaux Saga. Rien, dans ce que nous avons lu, n'indique que la folie ait été plaidée : l'accusée se disait innocente, et la question de l'irresponsabilité pénale ne paraît pas avoir été posée.

Le 3 février 1895, le jury l'a déclarée coupable et la cour d'assises l'a condamnée à mort. Le pourvoi a été rejeté, selon Wikipédia, et la peine commuée en détention à perpétuité, selon La Libre Belgique. Ce verdict tranche une question de droit ; il ne vaut pas diagnostic.

Diagnostics publiés

Aucune expertise publiée à notre connaissance.

Parcours documenté

Née le 15 octobre 1844 à Malines, fille d'un lieutenant-général, Marie-Thérèse Ablaÿ a épousé en 1869 Frédéric Faber, bibliophile bruxellois, dont elle a eu une fille. Veuve en 1884, elle s'est remariée, en 1886 selon Wikipédia, avec Henri Joniaux, ingénieur des ponts et chaussées à Anvers. La Libre Belgique décrit une femme qui fréquentait les cercles mondains et les salles de jeu, et dont les dettes atteignaient 121 000 francs en 1892.

Le reste vient de l'instruction, telle que la résument les notices de Wikipédia : elle aurait obtenu de sa belle-mère un prêt de 30 000 francs en 1888, se serait fait éconduire de cercles de jeu de Bruxelles et de Spa, et se serait livrée à partir de 1890 à un chantage au scandale. Aucun lien de cause à effet n'est établi entre ce parcours et les crimes.

Ce qu'elle a dit d'elle-même

Les propos qui suivent sont ceux de l'auteure des faits ; ils sont à lire avec prudence. Marie-Thérèse Joniaux n'a jamais avoué. Sur ses achats de morphine, elle a expliqué qu'ils étaient destinés à une sœur souffrante, selon Wikipédia ; selon Joniaux Saga, elle aurait aussi invoqué son usage personnel et affirmé que son frère en prenait lui-même.

Le 5 février 1895, deux jours après l'arrêt, elle a adressé au directeur de L'Étoile belge une lettre ouverte où elle clamait son innocence et dénonçait une erreur judiciaire, selon Kronobase et Wikipédia. Elle a ensuite rédigé un mémoire d'une vingtaine de pages, repris dans le recueil de 1895 sous le titre « Voix d'outre-tombe ». Mathilde van Ackere, du Centre d'histoire du droit et d'anthropologie juridique de l'Université libre de Bruxelles, cite d'elle cette phrase, écrite après le verdict : « Excusez-moi, car je suis une femme, et plus que l'homme encore, la femme est sujette à l'erreur. »

Lectures criminologiques

La justice a retenu un mobile financier : percevoir des assurances sur la vie et des héritages alors que les dettes du ménage s'accumulaient. Le mode opératoire retenu par l'accusation est l'administration de morphine, dont la trace chimique n'a été retrouvée que chez la dernière victime.

Aucune typologie criminologique ne lui a été appliquée dans une source que nous ayons pu lire. La lecture la plus construite est celle de Mathilde van Ackere, publiée par La Libre Belgique en août 2024. L'accusation, écrit-elle, a dépeint « une femme froide et calculatrice, vénale et intéressée » ; peu émotive, l'accusée n'a pas été déstabilisée par le ministère public, attitude qui, pour l'époque, « peut être qualifiée de masculine ». Son intelligence même aurait été retournée contre elle, ce que son avocat Charles Graux a contesté devant le jury ; après le verdict, ses écrits auraient cherché à corriger cette image en mettant en avant l'épouse et la mère. C'est une analyse d'histoire du droit, non un avis clinique.

La qualification de tueuse en série, employée par exemple par la lettre d'information Haoui en 2018, est rétrospective : la notion n'existait pas en 1895.

Ce qu'on ne sait pas

Faute d'examen connu, l'état mental de Marie-Thérèse Joniaux reste inconnu ; nous ne formulons aucun diagnostic rétrospectif. Elle n'a laissé aucun aveu, et la preuve chimique ne vaut que pour un décès sur trois : selon Joniaux Saga, qui cite une biographie du chimiste par son petit-fils, Gustave Bruylants aurait dit à ses étudiants que celui qui tient à sa tranquillité d'esprit ne doit pas se mêler d'expertises judiciaires.

Deux textes contemporains nous sont restés fermés : l'étude du procès par Raymond de Ryckère et un article intitulé « Le sadisme judiciaire, à propos de l'affaire Joniaux », parus en 1895 dans les Archives d'anthropologie criminelle, dont nous n'avons pu lire que la table des matières. La fin de sa vie, enfin, est mal documentée : transférée à la prison de Mons en juin 1895, elle est morte en 1923, « à son domicile » selon La Libre Belgique, à Anvers selon Wikipédia, ce qui suppose une libération dont nous n'avons trouvé ni la date ni les conditions.

Questions fréquentes

Combien de personnes Marie-Thérèse Joniaux a-t-elle empoisonnées ?

La justice l'a reconnue coupable de trois empoisonnements, ceux de sa sœur Léonie Ablaÿ (1892), de son oncle par alliance Jacques Van de Kerkhove (1892 ou 1893 selon les sources) et de son frère Alfred Ablaÿ (mars 1894). Ce sont les trois victimes confirmées. D'autres décès dans son entourage, dont celui de son premier mari en 1884, ont été examinés par l'instruction, mais n'ont pas été poursuivis faute de preuve.

Comment l'affaire Joniaux a-t-elle été découverte ?

Par une compagnie d'assurances. Alfred Ablaÿ était mort quelques semaines après avoir souscrit auprès de la compagnie londonienne Gresham une assurance sur la vie de 100 000 francs. Jugeant le décès suspect, la compagnie a porté plainte auprès du parquet d'Anvers. Le juge d'instruction a fait exhumer et autopsier les trois défunts et examiné les finances du ménage Joniaux ; l'arrestation a eu lieu le 17 avril 1894.

Quel poison a été utilisé dans l'affaire Joniaux ?

L'accusation a retenu la morphine. Les experts chimistes ont relevé des traces de produits morphiniques dans les viscères d'Alfred Ablaÿ, et l'instruction a établi des achats de morphine chez des pharmaciens bruxellois à des dates proches des décès. Pour les deux premières victimes, exhumées longtemps après leur mort, les analyses étaient moins concluantes ; c'est l'ensemble des éléments, médicaux et financiers, qui a convaincu le jury.

Marie-Thérèse Joniaux a-t-elle été exécutée ?

Non. Condamnée à mort le 3 février 1895 par la cour d'assises d'Anvers, elle a vu sa peine commuée en détention à perpétuité, comme c'était alors l'usage en Belgique. Transférée à la prison de Mons en juin 1895, elle est morte à Anvers en 1923, à 79 ans.

Pour aller plus loin : livres et podcasts

Sélection informative, sans lien affilié.

Sources

  1. Marie-Thérèse Joniaux, la triple empoisonneuse d'Anvers qui aimait un peu trop l'argent (Maryam Benayad, 13 août 2024), La Libre Belgique
  2. Marie-Thérèse Joniaux : une empoisonneuse au statut social hors du commun et à la personnalité dérangeante (13 août 2024), La Libre Belgique
  3. L'empoisonneuse d'Anvers : l'affaire qui défraya la chronique en Europe en 1894 (L'Heure H, Jean-Louis Lahaye), RTBF
  4. Les grandes criminelles belges de l'histoire (26 août 2022), La DH
  5. Mme Joniaux arrested (dépêche d'Anvers), New-York Tribune, 19 avril 1894, Library of Congress, Chronicling America
  6. Presse américaine sur l'affaire Joniaux, 1894-1895 (The Sun, Alexandria Gazette, Wheeling Register, Indianapolis Journal…), Library of Congress, Chronicling America
  7. L'affaire Joniaux, triple empoisonnement : acte d'accusation, rapport des médecins-experts et chimistes (Raymond de Ryckère, A. Storck, 1895), Bibliothèque nationale de France, catalogue général
  8. Causes criminelles et mondaines de 1895 : l'empoisonneuse d'Anvers (Albert Bataille, E. Dentu, 1895), Ouvrage ancien (cité d'après Wikipédia)
  9. Chronologie : Affaire Joniaux, Kronobase
  10. Marie-Thérèse Joniaux, l'empoisonneuse cupide, Haoui.com
  11. Affaire Joniaux, Wikipédia (fr)
  12. Marie-Thérèse Joniaux, Wikipedia (en)
  13. Charles Graux, Wikipédia (fr)

Corrections et mises à jour

  • — Section « Profil psychologique » refondue en six rubriques, avec ses sources propres. Correction : l'analyse de La Libre Belgique sur la personnalité de l'accusée est signée Mathilde van Ackere (Université libre de Bruxelles), et non Maryam Benayad.

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