États-UnisDossier1989-1990Floride

L'affaire Aileen Wuornos

Par Nathan Penin · Publié le 1er octobre 2026

Entre la fin de novembre 1989 et novembre 1990, sept hommes qui circulaient sur les routes du centre et du nord de la Floride ont été tués par balle ; six corps ont été retrouvés, le septième jamais. Six de ces meurtres ont été jugés ; le septième, avoué, n'a jamais été poursuivi. Ils ont été commis dans plusieurs comtés, par une femme qui vivait alors de la prostitution au bord des grands axes. Une voiture abandonnée après un accident, un appel à témoins, des objets mis en gage et des empreintes digitales ont conduit les enquêteurs jusqu'à Aileen Wuornos, arrêtée le 9 janvier 1991 dans un bar de la région de Port Orange. Elle a avoué en invoquant la légitime défense, a été condamnée à mort en janvier 1992 pour le meurtre de Richard Mallory, puis à cinq autres reprises après avoir plaidé coupable ou choisi de ne pas contester. Elle a été exécutée le 9 octobre 2002, après un examen psychiatrique ordonné par le gouverneur, dont les conclusions restent discutées.

Les faits

Aileen Carol Pittman est née le 29 février 1956 à Rochester, dans le Michigan. Abandonnée par sa mère, elle est élevée par ses grands-parents, dont elle prend le nom, Wuornos. Son enfance et son adolescence sont marquées par des violences et une grossesse à quatorze ans ; elle quitte le foyer familial au début des années 1970. Installée en Floride, elle vit de la prostitution le long des autoroutes et des routes nationales du centre de l'État, et accumule les condamnations pour des délits, sous plusieurs identités. À la fin des années 1980, elle partage sa vie avec une compagne, qui jouera un rôle décisif dans l'enquête et que nous ne nommons pas.

Entre la fin de novembre 1989 et novembre 1990, sept hommes qui l'avaient prise à bord de leur voiture sont tués par balle. Le premier est Richard Mallory, 51 ans, commerçant de la région de Clearwater, dont la voiture est retrouvée le 1er décembre 1989 dans le comté de Volusia. Suivent, en 1990, David Spears, Charles Carskaddon, 40 ans, Peter Siems, 65 ans, Troy Burress, 50 ans, Charles Humphreys, 56 ans, et Walter Antonio, 62 ans. Les corps sont retrouvés dans les comtés de Volusia, Citrus, Pasco, Marion et Dixie ; celui de Peter Siems ne l'a jamais été. Les victimes sont des hommes d'âge mûr, souvent de passage sur la route pour leur travail.

Comment l'enquête a abouti

L'enquête a d'abord souffert de la dispersion des faits. Les meurtres relevaient de plusieurs bureaux de shérifs, séparés par des centaines de kilomètres, et les corps étaient retrouvés à l'écart des routes, parfois plusieurs jours après la disparition. Le point commun, des hommes seuls tués par balle et dont la voiture était retrouvée abandonnée, n'apparaît qu'au fil de l'année 1990, quand les services commencent à rapprocher leurs dossiers.

Le tournant est un accident de la circulation. Le 4 juillet 1990, à Orange Springs, dans le comté de Marion, deux femmes abandonnent la voiture de Peter Siems après une sortie de route. Une témoin les décrit aux enquêteurs. Les portraits-robots qui en sont tirés sont diffusés dans les mois suivants par les médias de Floride, sous la forme d'un appel à témoins, et les signalements affluent.

Le deuxième élément est matériel. Plusieurs objets ayant appartenu aux victimes ont été mis en gage sous de faux noms. Des empreintes digitales sont relevées, dans la voiture de Peter Siems selon certaines sources, sur un reçu de prêteur sur gages selon d'autres. Comme Aileen Wuornos avait déjà été arrêtée à plusieurs reprises, ses empreintes figuraient dans les fichiers, sous différentes identités ; le rapprochement permet de l'identifier. Selon l'arrêt de la Cour suprême de Floride de 1994, une empreinte palmaire relevée sur la poignée intérieure d'une portière de la voiture de Richard Mallory lui correspondait également.

Les enquêteurs la placent alors sous surveillance. Le 9 janvier 1991, elle est arrêtée dans un bar de motards de Port Orange, dans l'agglomération de Daytona Beach (comté de Volusia), non pour les meurtres mais en vertu d'un mandat ancien délivré sous un autre nom. Son ancienne compagne, qui avait quitté la Floride, est retrouvée en Pennsylvanie. Elle accepte de coopérer en échange de l'immunité et téléphone à plusieurs reprises à Aileen Wuornos sous le contrôle des enquêteurs. Selon la Cour suprême de Floride, c'est elle qui l'a convaincue de reconnaître les faits. C'est aussi elle qui a indiqué où l'arme avait été jetée. Les enquêteurs ont en outre retrouvé l'appareil photo de Richard Mallory dans un box de stockage loué par Aileen Wuornos.

Le 16 janvier 1991, Aileen Wuornos passe des aveux enregistrés devant les enquêteurs. Elle reconnaît les meurtres mais affirme que les hommes avaient tenté de la violer ou de la frapper, et qu'elle s'était défendue. Cette version, qu'elle a fait évoluer à plusieurs reprises, sera au centre de tous les débats qui ont suivi.

Chronologie de l'affaire

  1. Naissance d'Aileen Carol Pittman. Abandonnée par sa mère, elle est élevée par ses grands-parents, dont elle prend le nom.
  2. Un adjoint du shérif découvre la voiture abandonnée de Richard Mallory, 51 ans. Son corps est retrouvé le 13 décembre, à quelques kilomètres.
  3. Découverte des corps de David Spears (1er juin) et de Charles Carskaddon, 40 ans (6 juin). Peter Siems, 65 ans, disparu en juin, ne sera jamais retrouvé.
  4. Deux femmes abandonnent la voiture de Peter Siems après un accident. La description donnée par une témoin permet de diffuser des portraits-robots.
  5. Découverte du corps de Troy Burress, 50 ans (4 août), puis, le 12 septembre, de celui de Charles Humphreys, 56 ans.
  6. Découverte du corps de Walter Antonio, 62 ans, le dernier des sept hommes.
  7. Arrestation dans un bar de motards, sur la base d'un mandat ancien délivré sous un autre nom.
  8. Après des appels téléphoniques de son ancienne compagne, qui coopère avec les enquêteurs, elle avoue les meurtres en invoquant la légitime défense.
  9. Le jury la déclare coupable du meurtre avec préméditation de Richard Mallory. La peine de mort est prononcée le 31 janvier.
  10. Après avoir choisi de ne pas contester les accusations (no contest) le 31 mars, elle est condamnée à mort pour trois autres meurtres.
  11. Elle plaide coupable du meurtre de Walter Antonio et est condamnée à mort ; selon la commission des affaires capitales de l'État de Floride, la peine pour le meurtre de Charles Carskaddon, auquel elle avait plaidé coupable en 1992, est prononcée le même mois (novembre 1992 selon d'autres sources). Elle totalise six condamnations à mort.
  12. La Cour suprême de Floride confirme la condamnation et la peine prononcées pour le meurtre de Richard Mallory.
  13. Elle demande à la Cour suprême de Floride de la laisser renvoyer ses avocats et renoncer à ses recours ; la justice la juge apte à le faire en juillet.
  14. Exécution par injection létale, déclarée morte à 9 h 47, après la levée du sursis ordonné par le gouverneur Jeb Bush.

Fiche de l'auteur

Aileen Wuornos

Prostituée le long des routes de Floride, elle a tué six hommes entre novembre 1989 et novembre 1990 et en a avoué un septième, dont le corps n'a jamais été retrouvé. Condamnée à mort six fois entre 1992 et 1993, elle a été exécutée à la prison d'État de Floride le 9 octobre 2002. L'une des rares femmes tueuses en série aux États-Unis, elle a inspiré le film « Monster » (2003).

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Les lieux liés à l'affaire

Le procès et le verdict

Aileen Wuornos n'a été jugée qu'une seule fois par un jury, devant la cour du comté de Volusia, pour le meurtre de Richard Mallory. Le procès s'est ouvert à la mi-janvier 1992 (le 13 selon Capital Punishment in Context, le 14 selon d'autres comptes rendus). Elle était poursuivie notamment pour meurtre au premier degré et vol à main armée. Sa défense reposait sur la légitime défense : à la barre, elle a affirmé que Richard Mallory l'avait violemment agressée. Selon la Cour suprême de Floride, son témoignage contredisait sur des points importants ses propres aveux. L'accusation a été autorisée, au titre de la règle dite « Williams », à présenter les éléments relatifs aux six autres meurtres pour établir un schéma de comportement, réfuter la légitime défense et démontrer la préméditation.

Le 27 janvier 1992, après moins de deux heures de délibéré, le jury l'a déclarée coupable de meurtre au premier degré et de vol à main armée. Lors de la phase consacrée à la peine, trois psychologues cités par la défense ont décrit un trouble de la personnalité borderline, un contrôle des impulsions altéré et de possibles lésions cérébrales ; la défense a aussi fait valoir une enfance marquée par l'abandon et les violences. Le jury a néanmoins recommandé la peine de mort à l'unanimité, et le juge l'a prononcée le 31 janvier 1992 en retenant cinq circonstances aggravantes, dont la préméditation « froide et calculée » et le meurtre commis au cours d'un vol.

Pour les autres meurtres, il n'y a pas eu de procès. Le 31 mars 1992, elle a choisi de ne pas contester (no contest) les accusations portant sur les meurtres de Charles Humphreys, Troy Burress et David Spears, et a été condamnée à mort pour chacun d'eux le 15 mai 1992. Elle a ensuite plaidé coupable du meurtre de Charles Carskaddon, en 1992, puis de celui de Walter Antonio. La condamnation à mort pour le meurtre de Walter Antonio a été prononcée en février 1993 ; pour celui de Charles Carskaddon, la commission des affaires capitales de l'État de Floride la date aussi de février 1993, d'autres sources de novembre 1992. Aucune poursuite n'a été engagée pour Peter Siems, dont le corps n'a jamais été retrouvé. Elle a donc reçu six condamnations à mort. La Cour suprême de Floride a confirmé la première le 22 septembre 1994, et la Cour suprême des États-Unis a refusé d'examiner le recours formé contre cette condamnation le 17 avril 1995 ; les recours portant sur les meurtres de Charles Carskaddon et de Walter Antonio ont été rejetés par cette même cour en novembre 1996.

Ce que l'affaire a changé

Nous n'avons trouvé aucune réforme législative ni aucun changement de pratique policière directement attribuable à l'affaire Wuornos. Elle a en revanche nourri trois débats, qui dépassent son seul cas.

Le premier porte sur la légitime défense. Après le procès, il est apparu que Richard Mallory avait été condamné par le passé, dans un autre État, pour des faits de violence sexuelle ; les sources divergent sur la nature exacte de cette condamnation et sur la durée de la peine. Ces éléments n'ont pas été soumis au jury, et la justice a refusé de rouvrir le procès sur ce fondement. Pour une partie des commentateurs, notamment dans les milieux féministes, l'affaire posait la question de la violence subie par les femmes prostituées et de la façon dont la justice l'entend. La Cour suprême de Floride a toutefois jugé que les preuves de préméditation l'emportaient, et la thèse a perdu de sa force quand Aileen Wuornos elle-même l'a abandonnée : en 2001, en demandant à renoncer à ses recours, elle a affirmé, selon l'Associated Press, avoir tiré sur ces hommes de sang-froid, et écrit à la justice les avoir tués et volés froidement.

Le deuxième concerne l'intégrité de la procédure. Le premier documentaire de Nick Broomfield, en 1992, a mis en cause des contacts entre certains acteurs de l'affaire, dont des enquêteurs et son ancienne compagne, et des producteurs intéressés par les droits de l'histoire ; selon Capital Punishment in Context, trois enquêteurs et l'ancienne compagne auraient conclu des accords pour un livre ou un film. Ces contacts auraient pu peser sur les témoignages. Selon Wikipédia, ce film a ensuite été versé aux débats, en 2001, lors d'un recours mettant en cause la qualité de sa défense. Ces allégations n'ont pas conduit à l'annulation d'une condamnation.

Le troisième, le plus durable, concerne l'exécution d'une condamnée dont la santé mentale était discutée. À l'automne 2002, Aileen Wuornos avait renvoyé ses avocats et demandait que la sentence soit exécutée. Le gouverneur Jeb Bush a suspendu l'exécution le temps qu'une commission de trois psychiatres vérifie qu'elle comprenait la peine et sa raison ; après un entretien d'une trentaine de minutes, ils l'ont jugée apte et le sursis a été levé le 2 octobre 2002, selon CNN. Ses avocats et plusieurs observateurs, dont Nick Broomfield, qui l'a filmée la veille de sa mort, ont estimé que ses déclarations des derniers mois témoignaient au contraire d'un état mental dégradé. L'affaire est ainsi régulièrement citée dans le débat américain sur l'exécution des condamnés qui renoncent à leurs recours et sur le seuil de compétence exigé.

Enfin, l'affaire a pesé sur la représentation des femmes auteures de meurtres en série, une figure rare dans les statistiques judiciaires : selon l'Associated Press, Aileen Wuornos n'était que la deuxième femme exécutée en Floride depuis 1976, quand cinquante et un hommes l'avaient été sur la même période. Le fait qu'elle ait tué des inconnus, par arme à feu, au bord des routes, a valu à l'affaire une attention médiatique considérable, prolongée par un opéra, des ouvrages et, en 2003, le film de fiction Monster, centré sur son parcours. La question de savoir si ces œuvres éclairent l'affaire ou en déplacent le centre, de la responsabilité pénale vers la trajectoire de l'auteure, reste ouverte ; pour les faits, les décisions de justice demeurent la référence.

Profil psychologique : ce que disent les experts

Expertises judiciaires

Aileen Wuornos n'a jamais plaidé l'irresponsabilité pénale : au procès du comté de Volusia, en janvier 1992, sa défense reposait sur la légitime défense. L'expertise psychiatrique n'est intervenue qu'après le verdict, lors de la phase consacrée à la peine, pour établir des circonstances atténuantes. Selon l'arrêt rendu par la Cour suprême de Floride le 22 septembre 1994 et selon Capital Punishment in Context, trois psychologues cités par la défense, parmi lesquels Harry Krop et Jethro Toomer, ont décrit un trouble de la personnalité borderline, un contrôle des impulsions altéré et des signes de lésions cérébrales. L'expert de l'accusation, le Dr Bernard, a admis le trouble borderline mais jugé l'altération de ses facultés ni substantielle ni extrême. Le trouble borderline a été retenu comme circonstance atténuante, par le juge selon l'arrêt, par le jury selon Capital Punishment in Context ; il a été jugé insuffisant face aux cinq circonstances aggravantes. La Cour suprême a estimé que l'alcoolisme de l'accusée, son enfance et une altération partielle de ses facultés auraient aussi dû être pris en compte, mais que cette omission était sans conséquence au regard du poids des circonstances aggravantes.

Sa capacité à comparaître a été examinée à plusieurs reprises. Selon l'arrêt de 1995 relatif au meurtre de Charles Carskaddon, Harry Krop l'avait alors estimée délirante et inapte à être jugée, tandis que deux autres experts la tenaient pour apte, quoique atteinte d'un trouble de la personnalité ; le tribunal l'a déclarée apte. En 2002, après qu'elle eut renoncé à ses recours, le gouverneur Jeb Bush a fait examiner sa compétence à être exécutée par trois psychiatres. Selon CNN et l'Associated Press, ils ont conclu qu'elle comprenait la nature de la peine et les raisons de sa condamnation. Ces décisions répondent à des questions de droit ; aucune ne vaut diagnostic.

Diagnostics publiés

Selon une dépêche UPI du 29 janvier 1992, Harry Krop a déclaré à l'audience qu'elle remplissait les huit critères du trouble de la personnalité borderline. Le Dr Bernard y aurait ajouté un trouble de la personnalité antisociale, diagnostic que Jethro Toomer écartait en invoquant les remords qu'elle avait exprimés, selon l'arrêt de 1994. En 1996, dans l'affaire du meurtre de Walter Antonio, la Cour suprême de Floride relève que le juge avait retenu en atténuation des troubles de la personnalité antisociale et borderline.

Après sa mort, Wade C. Myers et Erik Gooch, du service de psychiatrie légale de l'université de Floride, et J. Reid Meloy, de l'université de Californie à San Diego, ont publié en 2005, dans le Journal of Forensic Sciences, une étude fondée sur son dossier pénitentiaire et sur un entretien clinique mené par Wade Myers peu avant l'exécution. Ils lui attribuent un score de 32 sur 40 à l'échelle de psychopathie de Hare (PCL-R), établi par consensus d'une équipe de trois évaluateurs, et retiennent une psychopathie, un trouble de la personnalité antisociale et un trouble borderline. Ce travail n'a été discuté devant aucun tribunal.

Parcours documenté

Née en 1956 dans le Michigan, Aileen Wuornos a été abandonnée par sa mère puis adoptée par ses grands-parents maternels, selon Biography.com et DeathPenaltyUSA. Elle n'a pas connu son père, mort en détention, selon l'arrêt de 1994 et Biography.com. Les mêmes sources rapportent une grossesse à quatorze ans et un enfant confié à l'adoption ; l'étude de 2005 parle de treize ans. Elle a quitté le foyer familial vers quinze ans. Les experts de la défense ont rattaché ses troubles à ces violences et à cet abandon, et l'étude de 2005 y voit un facteur probable : ce sont des interprétations, non des causes établies.

Ce qu'elle a dit d'elle-même

Les propos qui suivent sont ceux de l'auteure des faits ; ils sont à lire avec prudence. Lors de ses aveux de janvier 1991, puis à la barre, elle a soutenu avoir tué pour se défendre. La Cour suprême de Floride a relevé en 1994 que ses versions successives différaient considérablement. Selon l'arrêt de 1995, elle maintenait encore en 1992 la légitime défense pour toutes les victimes ; selon Capital Punishment in Context, elle ne la revendiquait plus, en 1993, que pour Richard Mallory. En 2001, selon l'Associated Press, Biography.com et DeathPenaltyUSA, elle a déclaré les avoir tués et volés « de sang-froid » et pouvoir tuer de nouveau. Dans ses derniers mois, elle accusait le personnel pénitentiaire de mauvais traitements, selon CNN et Capital Punishment in Context ; ses dernières paroles, rapportées par l'AP, évoquaient un retour « avec Jésus ».

Lectures criminologiques

La justice a retenu des meurtres préparés : le jury a écarté la légitime défense, et le juge a notamment retenu la préméditation « froide et calculée » et le meurtre commis au cours d'un vol. Selon l'arrêt de 1996, elle s'armait à l'avance. L'étude de 2005 examine si ces faits relèvent de l'homicide sexuel et conclut à l'absence de preuve convaincante de sadisme sexuel. Une échelle comme la PCL-R mesure des traits ; elle n'explique pas un passage à l'acte, comme le rappelle notre article sur le profilage criminel.

Ce qu'on ne sait pas

Les experts s'accordaient sur un trouble de la personnalité, non sur sa nature ni sur son poids. L'enfance violente décrite à l'audience a été contestée par des membres de sa famille, selon UPI et l'arrêt du 6 octobre 1994, alors que l'arrêt du 22 septembre 1994 la jugeait « largement non contestée ». Surtout, son état mental en 2002 reste discuté : son avocat Raag Singhal a exprimé, selon CNN et l'AP, de graves doutes sur sa compétence, contre l'avis des psychiatres du gouverneur, et le documentariste Nick Broomfield aurait partagé ces doutes dans son film de 2003. Les signes de lésions cérébrales évoqués en 1992 n'ont, à notre connaissance, fait l'objet d'aucune expertise publiée.

Questions fréquentes

Combien de victimes a fait Aileen Wuornos ?

La justice de Floride l'a condamnée pour six meurtres, commis entre novembre 1989 et novembre 1990 : ce sont ses victimes confirmées. Elle a aussi reconnu la mort d'un septième homme, Peter Siems, 65 ans, dont la voiture a été abandonnée après un accident en juillet 1990 mais dont le corps n'a jamais été découvert ; aucune poursuite n'a été engagée pour ce meurtre.

Comment Aileen Wuornos a-t-elle été arrêtée ?

Après l'accident de la voiture de Peter Siems, le 4 juillet 1990, des portraits-robots de deux femmes ont été diffusés. Des objets appartenant aux victimes avaient été mis en gage sous de faux noms, et des empreintes digitales relevées pendant l'enquête correspondaient à celles d'Aileen Wuornos, fichée pour des délits antérieurs sous plusieurs identités. Elle a été arrêtée le 9 janvier 1991 dans un bar de motards de Port Orange, sur la base d'un mandat ancien, puis a avoué le 16 janvier.

Aileen Wuornos a-t-elle agi en légitime défense ?

C'est ce qu'elle a soutenu lors de ses aveux et de son procès. Le jury ne l'a pas retenu, et la Cour suprême de Floride a relevé que ses versions successives se contredisaient. Il est apparu après le procès que Richard Mallory avait été condamné par le passé pour des faits de violence sexuelle, élément que le jury n'a pas entendu. En 2001, Aileen Wuornos est elle-même revenue sur la thèse de la légitime défense.

Quand Aileen Wuornos a-t-elle été exécutée ?

Le 9 octobre 2002, par injection létale, à la prison d'État de Floride, près de Starke. Elle avait renoncé à ses recours. Le gouverneur Jeb Bush avait brièvement suspendu l'exécution le temps que trois psychiatres l'examinent ; ils l'ont jugée apte à comprendre sa peine. Elle était la deuxième femme exécutée en Floride et la dixième aux États-Unis depuis le rétablissement de la peine capitale en 1976.

Pour aller plus loin : documentaires et livres

Sélection informative, sans lien affilié.

Sources

  1. Wuornos v. State, 644 So. 2d 1000 (Fla. 1994), arrêt du 22 septembre 1994, Cour suprême de Floride (Justia)
  2. Aileen Wuornos, The Trial, Capital Punishment in Context
  3. Aileen Carol Wuornos, DeathPenaltyUSA
  4. Woman Serial Killer Executed (Associated Press, 9 octobre 2002), CBS News
  5. Case File: Aileen Wuornos, A&E
  6. Aileen Wuornos, Wikipedia (en)
  7. Aileen Wuornos, Wikipédia (fr)
  8. Aileen Wuornos, Wikipedia (de)
  9. Aileen Wuornos: The Selling of a Serial Killer, Wikipedia (en)
  10. Aileen: Life and Death of a Serial Killer, Wikipedia (en)
  11. Monster (film, 2003), Wikipédia (fr)
  12. Aileen Wuornos, fiche de suivi des affaires capitales (Volusia, Marion, Citrus, Pasco, Dixie), Commission on Capital Cases, Législature de Floride
  13. Wuornos v. State, n° 81 059, arrêt du 6 octobre 1994 (meurtres de Charles Humphreys, Troy Burress et David Spears), Cour suprême de Floride (archives de la faculté de droit de Florida State University)
  14. Wuornos v. State, n° 81 466, arrêt du 21 septembre 1995 (meurtre de Charles Carskaddon), Cour suprême de Floride (archives de la faculté de droit de Florida State University)
  15. Wuornos v. State, arrêt du 9 mai 1996 (meurtre de Walter Antonio), Cour suprême de Floride (Justia)
  16. Aileen Wuornos, The Post-Trial Period, Capital Punishment in Context
  17. Stay lifted for female serial killer (2 octobre 2002), CNN
  18. Infamous serial killer nabbed at this Central Florida bar (Anthony Talcott, 26 octobre 2024), News 6 / ClickOrlando (WKMG)
  19. Aileen Wuornos, Biography.com
  20. Case File: Aileen \"Lee\" Wuornos (John Bankston, 1996), Police Magazine
  21. This day in history: Serial killer Aileen Wuornos meets first victim, a Clearwater man, WFLA (via Yahoo News)
  22. The Role of Psychopathy and Sexuality in a Female Serial Killer (W. C. Myers, E. Gooch, J. R. Meloy), Journal of Forensic Sciences, vol. 50, n° 3, 2005, Journal of Forensic Sciences (PDF mis en ligne par J. R. Meloy)
  23. Aileen Wuornos: The Selling of a Serial Killer (1992), IMDb
  24. Dead Ends: The Pursuit, Conviction, and Execution of Serial Killer Aileen Wuornos, Google Books (fiche de l'édition Open Road Media, 2016)
  25. About Carla Lucero, Site de la compositrice Carla Lucero

Corrections et mises à jour

  • — Section « Profil psychologique » refondue en six rubriques (expertises de 1992 à 2002, diagnostics attribués, parcours, propos de l'auteure, lectures, zones d'ombre), avec ses sources propres.

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