États-UnisDossier1924-1928New York
L'affaire Albert Fish
En juin 1928, une fillette de dix ans quitte le domicile de ses parents, à Manhattan, avec un visiteur âgé qui s'était présenté comme un fermier. Elle ne revient pas. Pendant plus de six ans, le détective William King, du bureau des personnes disparues de New York, poursuit une enquête qui accumule les fausses pistes. En novembre 1934, une lettre anonyme adressée à la famille de la victime, dont l'enveloppe a permis de remonter jusqu'à son auteur, mène les policiers à Albert Fish, un homme de soixante-quatre ans qui vivait de petits travaux de peinture, arrêté le 13 décembre. Jugé à White Plains en mars 1935, il plaide l'aliénation mentale ; malgré l'expertise du psychiatre Fredric Wertham, le jury le déclare coupable de meurtre au premier degré. Il est exécuté à Sing Sing le 16 janvier 1936. Son procès reste un cas d'étude sur l'écart entre la maladie mentale et la responsabilité pénale.
Les faits
Albert Fish est né Hamilton Fish le 19 mai 1870 à Washington. Après la mort de son père, en 1875, il est placé à l'orphelinat St. John de la capitale. Installé à New York, il vit de petits travaux, surtout de peinture en bâtiment. Marié en 1898, père de six enfants, il est quitté par son épouse en 1917. Avant l'affaire qui l'a perdu, il avait déjà eu affaire à la justice : selon EBSCO, il avait été arrêté six fois avant 1930, notamment pour chèques sans provision, détournement de fonds et envoi de lettres obscènes, ce qui lui avait valu une peine de prison (purgée à Sing Sing au début du siècle, selon Wikipédia) et deux séjours en hôpital psychiatrique, dont une période d'observation à l'hôpital Bellevue de New York, en 1930.
Le 3 juin 1928, un homme âgé se présentant comme un fermier aisé rend visite à une famille de Manhattan. Il propose d'emmener la fille de la maison, âgée de dix ans, à un anniversaire. Elle part avec lui et ne revient pas. Albert Fish a été condamné pour son meurtre, commis dans une maison inoccupée du comté de Westchester, au nord de New York. L'enquête lui a attribué deux autres meurtres d'enfants, commis à New York en 1924 et 1927, pour lesquels il n'a pas été jugé.
Comment l'enquête a abouti
L'affaire est confiée au détective William King, enquêteur principal du bureau des personnes disparues (Missing Persons Bureau) de la police de New York. Les journaux publient le signalement du visiteur, que la famille a vu et entendu, mais personne ne l'identifie. Pendant des années, l'enquête ne produit que des fausses pistes.
La plus grave vise un gardien d'immeuble du voisinage. Sur la dénonciation de son épouse, dont il était séparé, il est arrêté et accusé de l'enlèvement, avant d'être mis hors de cause ; selon Wikipédia, qui s'appuie sur le New York Times de l'époque, il est arrêté en septembre 1930, passe plus de cent jours en détention et est acquitté à l'issue d'un procès ouvert le 22 décembre 1930. L'épisode rappelle combien une accusation portée par un proche, dans une affaire très médiatisée, peut emporter la conviction avant toute preuve matérielle. William King, lui, ne referme pas le dossier.
Le tournant vient de l'auteur lui-même. En novembre 1934, la famille reçoit une lettre anonyme, postée à Manhattan, dont le cachet porte la date du 11 novembre. Le contenu ne donne ni nom ni adresse. C'est l'enveloppe qui parle : elle porte, en petit, un emblème hexagonal et les initiales N.Y.P.C.B.A., celles de la New York Private Chauffeur's Benevolent Association, une association d'entraide des chauffeurs privés de New York.
William King remonte alors la piste du papier à en-tête. Il se rend au siège de l'association et fait interroger ses membres et son personnel. Un employé, chauffeur selon certaines sources, concierge selon d'autres, reconnaît avoir emporté quelques feuilles et enveloppes de l'association, puis les avoir laissées dans une chambre qu'il louait dans une pension de la 52e Rue Est, à Manhattan, au moment de déménager. Le registre de la pension mène à un locataire âgé correspondant au signalement de 1928 : Albert Fish. Il venait de quitter la pension, mais y attendait du courrier, un chèque que devait lui envoyer l'un de ses fils selon Wikipédia. Lorsqu'il revient le chercher, le 13 décembre 1934, William King l'arrête sur place. Interrogé, il reconnaît les faits et conduit les enquêteurs à Irvington, dans le comté de Westchester, où les restes de l'enfant sont retrouvés près d'une maison inoccupée.
L'élucidation tient donc à deux éléments : une pièce matérielle, une seule enveloppe, et l'obstination d'un enquêteur qui l'a fait parler plus de six ans après les faits. C'est avant tout un travail de vérification patient, de l'association au salarié, du salarié à la pension, de la pension au registre. Une fois arrêté, Albert Fish a fait d'autres aveux ; l'enquête en a retenu deux autres meurtres d'enfants, en 1924 et en 1927. Ses autres déclarations, plus nombreuses, n'ont jamais été vérifiées.
Chronologie de l'affaire
- Naissance de Hamilton Fish, qui prendra plus tard le prénom d'Albert.
- Mort de son père. Selon la plupart des sources, il est placé à cinq ans à l'orphelinat St. John de la capitale.
- Une fillette de dix ans part avec un visiteur qui avait proposé de l'emmener à un anniversaire. Elle ne revient pas. Le détective William King, du bureau des personnes disparues, est chargé de l'enquête.
- Date du cachet postal d'une lettre anonyme adressée à la famille de la victime. L'enveloppe porte un emblème hexagonal et les initiales d'une association de chauffeurs privés.
- Après avoir remonté la piste du papier à en-tête jusqu'à une pension, le détective William King arrête Albert Fish, qui reconnaît les faits.
- Les enquêteurs retrouvent les restes de l'enfant près d'une maison inoccupée.
- Ouverture du procès devant le juge Frederick P. Close. L'accusé plaide non coupable pour cause d'aliénation mentale.
- Après quelques heures de délibéré, le jury le déclare coupable de meurtre au premier degré.
- Quelques jours après le verdict, il est condamné à mort, peine automatique pour ce chef d'accusation selon Great American Trials.
- Ses recours et les demandes de clémence ayant échoué, il est exécuté sur la chaise électrique, à soixante-cinq ans.
- Fredric Wertham, le psychiatre de la défense, publie The Show of Violence, où il revient sur son expérience d'expert, notamment dans cette affaire.
Fiche de l'auteur
Albert Fish
Vieil homme d'apparence inoffensive vivant à New York, il a été confondu en 1934, six ans après l'enlèvement d'une fillette de dix ans à Manhattan, grâce à une lettre anonyme envoyée à la famille et dont le papier a permis de remonter jusqu'à lui. Jugé à White Plains en mars 1935 pour ce seul meurtre, il s'est vu attribuer par l'enquête deux autres meurtres d'enfants commis en 1924 et 1927 ; il a été exécuté à Sing Sing le 16 janvier 1936. Cas d'école de la psychiatrie légale américaine.
Les lieux liés à l'affaire
- Washington (district de Columbia) — Naissance d'Albert Fish (19 mai 1870) ; enfance à l'orphelinat St. John
- Manhattan, New York — Domicile de la famille de la victime ; enlèvement de juin 1928, point de départ de l'enquête
- 52e Rue Est, Manhattan — Pension où avait été laissé le papier à en-tête de l'enveloppe ; arrestation du 13 décembre 1934
- Irvington (Greenburgh), comté de Westchester — Maison inoccupée près de laquelle les restes de l'enfant sont retrouvés en décembre 1934
- Palais de justice du comté de Westchester, White Plains — Procès du 11 au 22 mars 1935
- Prison de Sing Sing, Ossining — Exécution le 16 janvier 1936
Le procès et le verdict
Le procès s'est ouvert le 11 mars 1935 au palais de justice du comté de Westchester, à White Plains, le crime ayant été commis dans ce comté. Il était présidé par le juge Frederick P. Close. L'accusation était conduite par Elbert Gallagher, substitut du procureur du comté ; la défense par l'avocat James Dempsey. Albert Fish n'était jugé que pour un seul meurtre, celui de la fillette enlevée en 1928. Il ne contestait pas les faits : il a plaidé non coupable pour cause d'aliénation mentale.
Tout s'est donc joué sur l'expertise psychiatrique. Pour la défense, le psychiatre Fredric Wertham, qui l'avait longuement examiné avant le procès, a soutenu qu'il ne connaissait pas « la nature et la qualité de ses actes » et qu'il était aliéné, au moment des faits comme à l'audience. L'accusation a fait citer quatre psychiatres ; selon Great American Trials, l'un d'eux, le Dr Charles Lambert, l'a décrit comme une « personnalité psychopathique sans psychose ». Autrement dit : anormal, mais pas fou au sens de la loi. Le critère alors appliqué à New York, l'article 1120 du Code pénal de l'État, inspiré de la règle anglaise dite de M'Naghten, ne demandait pas si l'accusé était malade, mais s'il savait, au moment des faits, ce qu'il faisait et que c'était mal.
Le 22 mars 1935, après quelques heures de délibéré (environ quatre selon Great American Trials, un peu plus selon le récit de Deborah Blum), le jury l'a déclaré coupable de meurtre au premier degré, ce qui entraînait la peine de mort. Selon plusieurs récits (EBSCO, History.com, The Atavist), des jurés ont ensuite reconnu qu'ils le tenaient pour malade mental, tout en jugeant qu'il devait être exécuté. Les recours et les demandes de clémence adressées au gouverneur ont échoué. Albert Fish a été exécuté sur la chaise électrique de la prison de Sing Sing le 16 janvier 1936. Il n'a jamais été jugé pour les autres faits que l'enquête lui a attribués.
Ce que l'affaire a changé
Nous n'avons trouvé aucune réforme précise de la loi ou des pratiques policières directement attribuable à l'affaire Fish ; EBSCO avance, sans dire lesquelles, qu'avec d'autres disparitions d'enfants de l'époque elle aurait favorisé des évolutions dans le travail de la police. Ce qu'elle a laissé tient surtout au débat qu'elle a ouvert sur la responsabilité pénale. Le procès de White Plains a mis en lumière l'écart entre la folie au sens médical et l'irresponsabilité pénale au sens juridique. Les psychiatres des deux camps s'accordaient à décrire un homme gravement perturbé ; ils divergeaient sur la seule question que posait la loi : savait-il, au moment des faits, ce qu'il faisait et que c'était mal ? History.com souligne qu'il a été condamné à mort en dépit d'un large accord sur sa maladie mentale, y compris parmi les jurés. Le cas est resté un exemple étudié en psychiatrie légale, comme le montre encore l'article que lui consacre le premier numéro de la revue Behavioral Health.
L'affaire a aussi compté dans le parcours de Fredric Wertham. Né en 1895 à Nuremberg, passé par la clinique psychiatrique Phipps de l'université Johns Hopkins, il était depuis 1932 psychiatre principal de la consultation d'hygiène mentale de l'hôpital Bellevue de New York. Son expertise a été rejetée par le jury. Il revient sur son expérience d'expert, notamment dans cette affaire, dans The Show of Violence (1949), que les bibliographies du procès citent comme une source de premier plan. Wertham a ensuite fondé à Harlem, en 1946, la clinique Lafargue, une consultation psychiatrique à bas prix, avant de devenir célèbre en 1954 pour Seduction of the Innocent, une charge contre les bandes dessinées qui a contribué à la création du Comics Code. Ses méthodes ont depuis été critiquées : une étude de la chercheuse Carol Tilley, publiée en 2012 dans la revue Information & Culture à partir de ses archives devenues accessibles en 2010, a montré qu'il avait manipulé, exagéré, voire fabriqué certains éléments présentés dans ce dernier livre. Cela ne concerne pas directement l'expertise de 1935, mais invite à lire son témoignage avec la distance due à toute expertise.
Selon EBSCO, enfin, l'affaire aurait contribué à faire évoluer le regard des familles new-yorkaises sur les inconnus, à une époque où confier un enfant à un visiteur bien mis restait courant. C'est une lecture d'historien, non un effet mesuré. Sur le plan de l'enquête, l'affaire reste un cas d'école d'élucidation tardive : six ans après les faits, sans témoin nouveau, à partir d'une enveloppe.
Profil psychologique : ce que disent les experts
Expertises judiciaires
Au procès de White Plains, ouvert le 11 mars 1935, Albert Fish ne contestait pas les faits : il plaidait non coupable pour cause d'aliénation mentale, ce que le droit américain appelle l'insanity defense. Le critère applicable était celui de l'article 1120 du Code pénal de l'État de New York, issu de la règle anglaise de M'Naghten : l'accusé connaissait-il, au moment des faits, la nature et la qualité de son acte, et savait-il qu'il était mal ? L'expertise psychiatrique a opposé deux camps. Pour la défense, Fredric Wertham, psychiatre principal de la consultation d'hygiène mentale de l'hôpital Bellevue, qui l'avait longuement examiné avant l'audience, a soutenu qu'il ne distinguait pas le bien du mal et qu'il était aliéné, au moment des faits comme au procès. Deux autres psychiatres ont témoigné dans le même sens ; selon le récit de Deborah Blum, il s'agissait du psychanalyste Smith Ely Jelliffe et du neurologue Henry A. Riley, de l'université Columbia.
L'accusation a fait citer quatre psychiatres, qui l'ont tous jugé pénalement responsable. Parmi eux, Menas Gregory, ancien responsable du service psychiatrique de Bellevue, l'a décrit comme anormal mais sain d'esprit au sens de la loi, et Charles Lambert comme une « personnalité psychopathique sans psychose », selon Great American Trials. Wikipédia nomme les deux autres : Perry Lichtenstein, médecin de la prison new-yorkaise des Tombs, et James Vavasour. Le 22 mars 1935, le jury a suivi l'accusation et l'a déclaré coupable de meurtre au premier degré, alors même que plusieurs jurés, selon EBSCO, History.com et Deborah Blum, le tenaient pour malade mental. Ce verdict a refusé l'irresponsabilité pénale au sens du droit new-yorkais de 1935 ; il tranche une question juridique et ne vaut pas diagnostic médical.
Diagnostics publiés
Les formules qui suivent sont connues par des comptes rendus du procès et par des travaux ultérieurs ; nous n'avons pas pu consulter les rapports d'expertise eux-mêmes. Fredric Wertham aurait décrit une vie mentale dominée par des idées délirantes à thème religieux, autour du péché, de l'expiation et du sacrifice ; selon Wikipédia, il parlait d'une connaissance du bien et du mal « pervertie » par ces conceptions, et selon Deborah Blum, Henry Riley rapportait que l'accusé disait entendre des voix. Wertham aurait aussi relevé chez lui un très grand nombre de troubles des préférences sexuelles : dix-huit selon l'article de Behavioral Health, pratiquement tous ceux qu'il avait rencontrés dans sa carrière selon Great American Trials.
Les experts de l'accusation ne niaient pas ces anomalies ; ils contestaient qu'elles constituent une psychose. Menas Gregory aurait retenu, selon Deborah Blum, une « personnalité psychopathique » de type sexuel, catégorie qui, dans le vocabulaire de l'époque, n'impliquait pas l'aliénation. Selon Wikipédia, Charles Lambert et James Vavasour ont soutenu que ses convictions religieuses ne prouvaient pas une psychose. Aucun de ces diagnostics n'a été réexaminé selon les classifications actuelles, et aucune source consultée ne propose de diagnostic rétrospectif définitif.
Sur ce que ces notions recouvrent pour la psychiatrie et pour le droit, voir notre article Paraphilies : ce que disent la psychiatrie et la justice.
Parcours documenté
Né à Washington en 1870, Albert Fish perd son père en 1875 et est placé à l'orphelinat St. John de la capitale, à cinq ans selon EBSCO et Behavioral Health, vers neuf ans selon Deborah Blum. Plusieurs sources (Behavioral Health, Wikipédia, Deborah Blum) font état de châtiments corporels sévères dans cet établissement, et d'antécédents de troubles mentaux chez plusieurs de ses proches, dont sa mère, qui aurait souffert d'hallucinations. À l'âge adulte, selon EBSCO, il avait été arrêté six fois avant 1930 et avait fait deux séjours en hôpital psychiatrique. En 1930, il a été placé en observation à Bellevue puis laissé sortir, la défense contestant ensuite cette décision (Great American Trials, Deborah Blum) ; Wikipédia situe toutefois ces observations après des arrestations de 1930 et de 1931. Ces éléments décrivent un parcours ; aucun lien de cause à effet avec les crimes n'a été établi.
Ce qu'il a dit de lui-même
Les propos qui suivent sont ceux de l'auteur des faits ; ils sont à lire avec prudence, et nous ne citons pas ses écrits. Ce que l'on sait de sa parole vient surtout de ses entretiens avec Wertham et de ses aveux. Les archives de Fredric Wertham, conservées à la Bibliothèque du Congrès, contiennent un dossier à son nom, avec des lettres et des récits autobiographiques datés de 1932 à 1936. Selon Wikipédia et Deborah Blum, il faisait lui-même remonter ses troubles à son passage à l'orphelinat. Il rattachait aussi ses actes à des motifs religieux, ce sur quoi Wertham a fondé sa conclusion. Une fois arrêté, il s'est attribué d'autres faits, dont la plupart n'ont jamais été vérifiés.
Lectures criminologiques
Le cas a surtout été lu comme un exemple de l'écart entre la maladie mentale et la responsabilité pénale. La jurisprudence de l'État admettait pourtant, depuis l'arrêt People v. Schmidt rendu en 1915 par la Cour d'appel de New York sous la plume du juge Benjamin Cardozo, qu'un homme agissant sous l'empire d'un délire de commandement divin ne pouvait être dit savoir que son acte était mal. Le désaccord portait donc moins sur la règle que sur les faits médicaux : ses idées religieuses relevaient-elles d'un véritable délire, comme le pensait Wertham, ou d'une anomalie du caractère sans psychose, comme le soutenait l'accusation ? History.com souligne qu'il a été condamné à mort malgré un large accord sur sa maladie mentale.
Les auteurs de l'article de Behavioral Health (Jerrod Brown, Blake R. Harris, Steve Daniels) concluent qu'aucun facteur unique n'explique un tel parcours et privilégient une interaction entre une vulnérabilité familiale et les mauvais traitements subis dans l'enfance. Aucune typologie criminologique ne lui est appliquée dans les sources que nous avons consultées ; pour ce que valent ces grilles, voir notre article sur le profilage criminel.
Ce qu'on ne sait pas
Les rapports d'expertise de 1935 ne sont pas accessibles en ligne ; les diagnostics ne sont connus que par des comptes rendus, qui ne concordent pas toujours. L'identité des deux psychiatres qui ont épaulé Wertham ne repose que sur le récit de Deborah Blum, et les dates de l'observation à Bellevue divergent selon les sources. L'arrêt de la Cour d'appel de New York qui a confirmé la condamnation n'a pas été retrouvé. L'essentiel de ce que l'on sait de sa vie intérieure vient de ses propres déclarations, invérifiables, recueillies par un expert dont l'étude de Carol Tilley (2012) a montré qu'il avait manipulé certaines données dans un autre ouvrage, ce qui ne prouve rien sur l'expertise de 1935 mais invite à la prudence. Selon Deborah Blum, Wertham a écrit plus tard que Fish avait été exécuté à tort ; c'est l'opinion d'un des experts, non un constat.
Questions fréquentes
Combien de victimes a fait Albert Fish ?
Il n'a été jugé et condamné que pour un meurtre, celui d'une fillette de dix ans enlevée à Manhattan en juin 1928. L'enquête lui a attribué deux autres meurtres d'enfants, commis à New York en 1924 et 1927, pour lesquels il n'a pas été jugé : ce sont les trois victimes confirmées retenues par le site. Les estimations plus larges divergent : jusqu'à dix selon History.com, entre huit et quinze selon EBSCO, au moins cinq selon le psychiatre Fredric Wertham, cité par EBSCO. Elles reposent surtout sur ses propres déclarations, dont la fiabilité n'a pas été établie.
Comment Albert Fish a-t-il été arrêté ?
Grâce à une enveloppe. En novembre 1934, plus de six ans après l'enlèvement, la famille de la victime reçoit une lettre anonyme. L'enveloppe porte l'emblème d'une association new-yorkaise de chauffeurs privés. Le détective William King retrouve un employé qui avait emporté de ce papier à en-tête et l'avait laissé dans une pension de la 52e Rue Est, à Manhattan. Le registre de la pension conduit à Albert Fish, arrêté sur place le 13 décembre 1934.
Quand Albert Fish est-il mort ?
Il a été exécuté sur la chaise électrique de la prison de Sing Sing, à Ossining (État de New York), le 16 janvier 1936, à soixante-cinq ans, après l'échec de ses recours et des demandes de clémence adressées au gouverneur.
Pourquoi Albert Fish n'a-t-il pas été déclaré irresponsable ?
Parce que le critère juridique de l'époque ne portait pas sur la maladie, mais sur la conscience de l'acte. Le psychiatre de la défense, Fredric Wertham, le jugeait aliéné ; ceux de l'accusation l'ont jugé capable de distinguer le bien du mal, l'un d'eux le décrivant comme une personnalité psychopathique sans psychose. Le jury a suivi l'accusation. Voir l'irresponsabilité pénale dans notre glossaire.
Pour aller plus loin : livres
Sélection informative, sans lien affilié.
- Livre Un esprit dérangé : l'affaire Albert Fish, Harold Schechter (J'ai lu, coll. « Crimes et enquêtes » (n° 7058), 1994) — Traduction française de Deranged (1990), l'ouvrage de référence sur l'affaire, par un universitaire américain spécialiste de l'histoire criminelle. Récit très détaillé, y compris sur les faits : à réserver aux lecteurs avertis. Épuisé, disponibilité à vérifier (occasion ou bibliothèque). Lien non affilié.
- Livre The Show of Violence, Fredric Wertham (Doubleday (Garden City), en anglais ; notice sur Open Library, 1949) — Le psychiatre de la défense y revient sur les affaires criminelles qu'il a expertisées. Indispensable pour comprendre le débat sur la responsabilité pénale. Épuisé, disponibilité à vérifier. Lien non affilié.
- Article Albert Fish Trial: 1935 (Great American Trials, sur Encyclopedia.com (en anglais)) — Compte rendu sobre du procès : magistrats, avocats, expertises, verdict. Lien non affilié.
- Article Psychology of Albert Fish (Jerrod Brown, Blake R. Harris, Steve Daniels) (Behavioral Health, vol. 1, n° 1 (PDF, en anglais)) — Article de synthèse sur l'expertise psychiatrique et le débat inné-acquis. Lien non affilié.
Sources
- Albert Fish Trial: 1935 (Great American Trials), Encyclopedia.com (Gale)
- Albert Fish (Research Starters, History), EBSCO
- This Day in History, 16 janvier 1936 : exécution d'Albert Fish, History.com (A&E Networks)
- Psychology of Albert Fish (Jerrod Brown, Blake R. Harris, Steve Daniels), Behavioral Health, vol. 1, n° 1
- Article sur l'enlèvement de 1928, l'enquête et l'exécution, People (republié par AOL)
- Albert Fish, Wikipedia (en)
- Albert Fish, Wikipédia (fr)
- Fredric Wertham, Wikipedia (en)
- Angel Killer (Deborah Blum), The Atavist Magazine, 2012
- People v. Schmidt, 216 N.Y. 324 (1915) : interprétation de l'article 1120 du Code pénal (règle de M'Naghten), Cour d'appel de New York, texte sur CourtListener
- Fredric Wertham Papers : a finding aid to the collection, Library of Congress, Manuscript Division
- Seducing the Innocent: Fredric Wertham and the Falsifications That Helped Condemn Comics (Carol L. Tilley), Information & Culture, vol. 47, n° 4, 2012 (notice University of Illinois)
- Un esprit dérangé : l'affaire Albert Fish (notice bibliographique), Bibliothèque nationale de France, catalogue général
Corrections et mises à jour
- — Section « Profil psychologique » refondue en six rubriques (expertises du procès de 1935, diagnostics attribués, parcours, propos de l'auteur, lectures, zones d'ombre), avec ses sources propres.
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